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Oxygénothérapie palliative : pas mieux que l’air ambiant !

Publié le 06/09/2010   |  1 réaction Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

La majorité des patients en fin de vie, en milieu hospitalier ou à domicile, reçoivent de l’oxygène par voie nasale pour calmer leur dyspnée. Mais, paradoxalement, ce traitement ancien, ubiquitaire et requérrant une logistique relativement lourde, souvent demandé par les malades ou leurs familles, conseillé par les sociétés savantes de soins palliatifs, n’a pas démontré son efficacité dans des essais comparatifs randomisés.   

Très fréquent, on l’a vu, en fin d’évolution de la plupart des maladies chroniques, même celles qui ne concernent pas les systèmes respiratoires et cardiaques, la dyspnée est un symptôme éminemment subjectif à la fois complexe et difficile à traiter. Complexe, car en dehors des cas où il existe une hypoxie sévère (PaO2 inférieure à 55 mm Hg), les causes de la dyspnée sont souvent intriquées et associent facteurs physiologiques, environnementaux, psychologiques et comportementaux. Difficile à traiter, car dans ces dyspnées sans hypoxie sévère, la prise en charge en première ligne est mal systématisée (oxygène par voie nasale, opiacés à faibles doses, benzodiazépines, interventions non pharmacologiques…).

Pour tenter de déterminer l’intérêt réel de l’oxygénothérapie palliative, un groupe multicentrique regroupant des équipes américaines, australiennes et britanniques a entrepris un essai randomisé en double aveugle (1).    

Oxygène ou air ambiant par voie nasale

Abernethy et coll. ont recruté 239 patients dans 9 centres de prise en charge ambulatoire de maladies chroniques en fin d’évolution. Tous les patients se plaignaient d’une dyspnée (au repos ou pour un effort minime) et devaient avoir une espérance de vie d’au moins un mois. Les sujets ayant une hypoxie sévère (PaO2 inférieure à 55 mm Hg ou 7,3 kPa), pour lesquels l’oxygène est clairement indiqué, étaient exclus de l’étude. Il faut signaler ici que les pathologies en cause étaient le plus souvent respiratoires (broncho-pneumopathie chronique obstructive, cancer du poumon…).

Ces patients ont tous été équipés d’un extracteur délivrant par voie nasale au moins 15 heures par jour et durant 7 jours, soit 2 L d’oxygène par minute soit 2 L d’air ambiant. Le critère principal de jugement était l’évaluation subjective de la dyspnée par le patient, matin et soir, sur une échelle de 1 à 10.

L’air nasal fait aussi bien que l’oxygène !

L’administration nasale de deux gaz a légèrement amélioré la sensation de dyspnée (- 0,8 point en moyenne) (p<0,0001). Mais de façon relativement inattendue, l’oxygène n’a pas été plus efficace que l’air ambiant sur la dyspnée. Ainsi, le matin la dyspnée s’est améliorée de 0,9 point dans le groupe oxygène contre 0,7 point dans le groupe air ambiant (NS), tandis que le soir la sensation de dyspnée était diminuée de 0,3 point avec l’oxygène contre 0,5 point avec l’air ambiant (NS). 

En termes de qualité de vie (évaluée par un questionnaire comportant 17 items), les deux groupes se sont améliorés modestement mais les différences entre eux ont été également non significatives. Les effets secondaires des deux types de traitement ont été limités.

Effet placebo ou effet éventail ?

Ces résultats globalement négatifs ne sont pas interprétables de façon univoque. Compte tenu du protocole de l’étude il est difficile de déterminer si l’effet favorable de l’administration de gaz par voie nasale (air ou oxygène) relève d’un simple effet placebo ou du flux gazeux nasal qui pourrait avoir à lui seul un rôle dans l’amélioration d’une dyspnée (il faut se souvenir à cet égard que le simple fait d’ouvrir une fenêtre ou de s’éventer peut diminuer la sensation de malaise respiratoire d’un patient). Il faut noter de plus que cette étude ne s’est intéressée qu’à la dyspnée de repos et ne concernait pas la gêne respiratoire à l’effort.

Ventilateur plus qu’oxygène 

En pratique pour l’éditorialiste du Lancet, il faut s’abstenir de prescrire de l’oxygène à ce type de patients ne serait-ce que pour réduire la lourdeur de la prise en charge et ses coûts (2). 

La position des promoteurs de l’étude est moins abrupte. Ils suggèrent, dans ces cas, en première ligne, la simple utilisation d’un ventilateur (de table ou à main) qui sera à la fois plus simple, moins onéreux et moins dangereux (notamment si il y a un fumeur dans l’entourage). Si l’on décide malgré tout de prescrire de l’oxygène, ils recommandent d’évaluer individuellement les résultats au 3ème jour et d’interrompre le traitement si il n’apporte pas de bénéfice symptomatique évident (les améliorations observées chez certains patients au cours de cette étude l’ayant été le plus souvent dans les 24 premières heures). 

Il n’est pas certain cependant que cette unique étude puisse modifier des habitudes de prescription aussi anciennes et qu’il soit facile de faire admettre à ces patients en fin de vie et à leur famille que l’oxygène est inutile pour eux. Et il est essentiel de rappeler que ces résultats ne sauraient s’appliquer aux malades ayant une hypoxie sévère.



Dr Céline Dupin


1) Abernethy A et coll. : Effect of pallative oxygen versus room air in relief of breathlessness in patients with refractory dyspnoea : a double-blind, randomised controlled trial. Lancet 2010; 376: 784-93.
2) Higginson I.: Refractory breathlessness: oxygen or room air ? Lancet 2010; 376: 746-48.



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Vos réactions

Des ventilateurs pour les soins palliatifs...

Le 06 septembre 2010

C'est bien beau tout ça mais on ne parle pas de la valeur "anxiolytique" de l'oxygène. Donner l'impression que l'on ne baisse pas les bras et que le confort du malade est plus important (tout de même, il y a un soulagement !)que le trou de la CQ...
Veut on une société d'économie ou une société humaniste ?
Des revenus plus équitables en France et nous n'aurons pas à faire de tels choix...Retenir un peu chez les footballeurs, les financiers et les politiques, ça pourrait faire beucoup de bien aux soins palliatifs et serait plus décent !

Marie Thérèse Planel

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