Vision de l’OMS sur la maladie bipolaire

Nouvelle mouture nosographique de la classique psychose maniaco-dépressive, la maladie bipolaire compromet davantage l’espérance de vie que toutes les formes de cancer ou de troubles neurologiques majeurs (comme la maladie d’Alzheimer), en raison de son apparition précoce, de sa chronicité, de son incidence péjorative sur le risque de suicide (« trente à soixante fois plus élevé que dans la population générale ») et sur la fréquence des comorbidités associées, notamment l’addiction alcoolique (présentée autrefois comme une dépression ou une manie « arrosée »).

Dans le cadre du programme World Mental Health Survey Initiative [1], l’Organisation Mondiale de la Santé brosse, à travers onze pays et plus de 60 000 patients adultes, un portrait de cette maladie dont la fréquence globale oscille autour de 1 à 2 %. A noter que cette dernière passe de 0,4 % pour les troubles bipolaires II au sens du DSM-IV où se succèdent un ou plusieurs épisodes hypomaniaques et dépressifs majeurs, à 2,4 % pour les troubles de type ‘‘bipolar spectrum disorder’’ [2].

En dépit des disparités régionales dans la fréquence des troubles bipolaires et assimilés qui varient de 0,1 % au Nigéria à 3,3 % aux Etats-Unis (la dépression n’est pas forcément, comme on le croit souvent, le triste apanage des pays riches), cette étude montre que, dans l’ensemble, « la sévérité, l’impact et les types de comorbidités » se révèlent « remarquablement similaires » d’un pays à l’autre. Cette identité suggère que, même s’ils jouent sans doute un rôle dans le déterminisme ou les modalités de la maladie bipolaire, les facteurs culturels sont probablement moins concernés que d’éventuels facteurs génétiques, vu l’universalité de cette affection.

Autre constat : la sévérité des symptômes se révèle plus marquée pour les épisodes dépressifs que pour les épisodes maniaques : si environ trois quarts des sujets en phase dépressive (74 %) déclarent éprouver des difficultés graves (reporting severe impairment), cette perception ne concerne que la moitié (50,9 %) des personnes touchées par un épisode maniaque.

 

[1] http://www.hcp.med.harvard.edu/wmh/
[2] http://chpierrelegardeur.visard.ca/GEIDEFile/5539.PDF?Archive=191516891979&File=5539_PDF

Dr Alain Cohen

Référence
Merikangas KR et coll. : Prevalence and correlates of bipolar spectrum disorder in the World Mental Health Survey Initiative. Arch Gen Psychiatry 2011 ; 68 (3) : 241-251.

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