Le poids de la durée de l’obésité sur la mortalité

À l’ère de l’obésité épidémique et du début précoce de l’excès de poids, des auteurs australiens, indonésiens et danois, s’interrogent sur l’impact, peu exploré jusque-là, de la durée de l’obésité sur la mortalité toutes causes et de cause spécifique.

Ils ont analysé les données intéressant 5 036 sujets (56 % de femmes) participant à la Framingham Heart Study (débutée en 1948), âgés de 28 à 62 ans à l’inclusion, examinés tous les deux ans près de 48 années durant, indemnes de diabète, de maladie cardiovasculaire et de cancer à l’entrée dans cette célèbre cohorte.

Sur les 5 036 participants, 75 % ne sont jamais avérés obèses lors des 24 examens de suivi soumis à analyse ; 1 244 ont été répertoriés obèses (IMC > 30) à aux moins deux examens de suivi. Chez ces derniers, l’obésité s’était installée à l’âge de 50 ans en moyenne, et le nombre moyen d’années passées en étant obèses était de 13 (2-46 années). Au cours d’un suivi de 166 130 sujets-années, 3 797 participants (75 %) sont décédés, 39 % d’entre eux de cause cardiovasculaire, 25 % de cancer et 36 % de causes autres que cardiovasculaires et néoplasiques.

Après ajustements sur l’âge à l’inclusion, le sexe, le statut marital, le niveau d’éducation, le pays de naissance, le tabagisme, la consommation d’alcool, l’IMC, les ratios de risque étaient, en comparaison des participants jamais obèses, de 1,51 (IC à 95 % 1,27-1,79) pour 1 à 4,9 années passées en étant obèse, de 1,94 (1,71-2,20) pour 5 à 14,9 années, de 2,25 (1,89-2,67) pour 15 à 24,9 années, et de 2,52 (2,08-3,06) lorsque la durée d’obésité atteignait ou dépassait 25 années. Les ajustements poussés en outre sur l’activité physique, la pression artérielle, la cholestérolémie, la survenue incidente, au cours du suivi, d’un diabète de type 2, d’une maladie cardiovasculaire ou d’un cancer, a légèrement atténué ces résultats, les HR pour la mortalité toutes causes allant croissant de 1,28 (1,07-1,54) pour une durée d’obésité de 1 à 4,9 ans, à 2,12 (1,75-2,57) pour 25 années d’obésité ou plus. Il en était de même pour les risques de décès par cancer, de décès de cause cardiovasculaire et de décès de causes autres, les ratios de risque étant plus élevés encore pour ces deux derniers, respectivement de 1,68 (1,29-2,18 et de 1,64 (1,26-2,13) pour une durée d’obésité de 1 à 4,9 ans, et de 2,76 (2,08-2,68) et 3,15 (2,33-4,26) pour 25 années d’obésité ou plus.

Une relation dose-réponse a été observée pour tous les items d’intérêt de cette étude. Pour chaque accroissement de deux années de la durée de l’obésité, les ratios de risque étaient de 1,06 (1,05-1,07) pour la mortalité toutes causes, de 1,07 (1,05-1,08) pour la mortalité cardiovasculaire (par maladie coronarienne, artériopathie des membres inférieurs, insuffisance cardiaque, AVC ou accident ischémique transitoire), de 1,03 (1,01-1,05) pour la mortalité par cancer, et de 1,07 (1,05-1,11) pour la mortalité de causes autres.

Tandis que la plupart des travaux avaient jusque-là porté leur attention sur le lien entre sévérité de l’obésité et mortalité, cette étude forte d’une très long suivi (mais qui pèche cependant par le manque de données sur les années d’obésité antérieures à l’entrée dans la cohorte de Framingham) suggère que la durée de l’obésité serait fortement prédictive du risque de décès, et à prendre en considération dans les estimations à venir du retentissement de l’obésité sur la santé.

Dr Julie Perrot

Référence
Abdullah A et coll. The number of years lived with obesity and the risk of all-cause and cause-specific mortality. In J Epidemiol, Publication avancée en ligne, 27 février 2011 (doi : 10.1093/ije/dyr018).

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