Violence conjugale : quelle est la part des antécédents psychiatriques ?

« Bats ta femme tous les jours : même si tu ne sais pas pourquoi, elle le sait ! » affirmait un vieil aphorisme misogyne. Mais avant la vie commune, comment détecter un macho violent ? « Amants agneaux deviennent maris loups » affirmait au XVIIème siècle l’écrivain précieux Isaac de Benserade. Un tel retournement de situation est possible, mais il paraît plus vraisemblable que la violence d’un « mari loup » s’enracine dans le passé psychiatrique de ce partenaire : psychose, toxicomanie, alcoolisme, personnalité borderline… Autrement dit, l’aphorisme exact serait plutôt « amant loup reste mari loup. »

 Sous l’égide du World Mental Health Survey Initiative [1] (une émanation de l’OMS), une enquête internationale a évalué dans quelle mesure un tel « amant déséquilibré » peut présager le « mari loup. » Notons au passage cette redondance anecdotique : alors que cette étude porte sur « 1 821 couples mariés » dans 11 pays, l’article précise qu’elle concerne aussi « 3 642 individus. »

Comme on pouvait le penser a priori, des antécédents psychiatriques augmentent le risque de passage à l’acte violent sur le conjoint, mais pas dans des proportions considérables (Odds ratio = 1,7 ; intervalle de confiance 95 % : 1,2 – 2,3), donc un risque près de deux fois plus important que dans la population générale : « Globalement, écrivent les auteurs, la part de risque attribuable aux troubles mentaux prénuptiaux dans la violence conjugale est estimée à 17,2 %. » Retrouvée dans les divers pays, cette association présente « des implications pour le développement d’interventions ciblées pour réduire le risque de violence conjugale. » Dans une démarche visant à développer des « stratégies de réduction de la violence » domestique, cette enquête confirme que le phénomène de violence conjugale  intéresse malheureusement toutes les sociétés. 

[1] http://www.hcp.med.harvard.edu/wmh/

Dr Alain Cohen

Référence
Miller E et coll. : Premarital mental disorders and physical violence in marriage: cross-national study of married couples. Br J Psychiatry 2011-10; 199: 330–337.

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Vos réactions (1)

  • Pan sur le bec!

    Le 26 novembre 2011

    Comme dit le Canard Enchaîné, "Pan sur le bec!" Je persiflais la redondance apparente entre "1 821 couples mariés et 3 642 individus". Mais on m'a fait remarquer que cette formulation ne constitue un pléonasme qu'en cas de monogamie, ce qui n'est pas la norme mondiale, certains pays acceptant la polygamie. Il semble donc que les auteurs soulignent ainsi le fait que leur étude concerne des populations monogames ou se trouve ramenée aux conditions statistiques de la monogamie.

    Alain Cohen

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