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Un peu de chlorhexidine pour les sceptiques

Publié le 13/02/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Dans les pays pauvres, qui concentrent l’essentiel de la mortalité néonatale dans le monde, les infections sont en cause dans 30 à 50 % des décès du premier mois. Si les étiologies de ces infections létales sont encore mal précisées, le cordon ombilical est considéré comme l’une des portes d’entrée infectieuses les plus importantes. Mais, bien que les infections d’origine ombilicale soient donc à l’origine de dizaines de milliers de morts chaque année dans le monde, très peu d’études ont été consacrées à leur prévention dans les pays dits en voie de développement.

C’est sans doute en raison de ce manque de données fiables que les recommandations de l’OMS sont floues dans ce domaine.  L’organisation préconise en effet des soins de cordon « à sec » sans application de liquide, tout en précisant que lorsque les conditions d’hygiène ne sont pas favorables, il « peut être prudent » d’utiliser un antiseptique (sans préciser lequel).

En 2006, un essai comparatif conduit au Népal a montré qu’une à sept applications de chlorhexidine à 4 % au niveau du cordon durant les 10 premiers jours de vie permettaient de réduire les risque d’infections ombilicales de 32 à 75 % (selon la définition retenue) et surtout de 34 % la mortalité durant le premier mois si le traitement était débuté le premier jour (par rapport à des soins de cordon à sec ou utilisant l’eau et le savon).

A l’issue de cette publication un panel d’experts avait demandé de nouvelles études pour vérifier la reproductibilité de ces résultats sur d’autres populations asiatiques et pour préciser le protocole à appliquer.

Une réduction de la mortalité néonatale de 20 à 38 % avec la chlorexhexidine

Deux études initiées par certains des chercheurs ayant conduit l’essai népalais et publiées dans le Lancet, répondent à ce souhait. Malgré des différences méthodologiques, ces deux essais randomisés conduits au Bengladesh et au Pakistan permettent d’aboutir à des conclusions similaires.

Le premier (1) a pu confirmer sur près de 30 000 naissances vivantes en milieu rural bengali qu’un protocole comportant en plus de conseils d’hygiène, une application de chlorhexidine à 4 % le plus tôt possible après la naissance diminuait le risque d’infection ombilicale et la mortalité néonatale de 20 % (intervalle de confiance à 95 % [IC95] entre 2 et 35 %) par rapport à des soins « à sec ». Il faut noter ici que la réduction de la mortalité dans le groupe ayant bénéficié d’applications répétées de chlorhexidine durant 7 jours n’a pas atteint le seuil de significativité statistique (diminution de 6 % ; IC95 entre – 22 et + 14 %). Ce phénomène tout à fait contre intuitif n’a pas trouvé d’explication en dehors du hasard.

Le deuxième essai (2) conduit au Pakistan sur près de 10 000 naissances a montré que la fourniture de chlorhexidine à 4 % pour des applications sur l’ombilic à répéter durant 14 jours était supérieure à la délivrance de conseils sur le lavage des mains et aux soins « à sec » avec une diminution de 42 % des signes d’infection locale et de 38 % de la mortalité néonatale (IC95 entre – 15 et – 55 %). 

Faut-il de nouveaux essais ou doit-on passer à l’application sur le terrain ?

Que faut-il conclure de ces 3 études ?

Les auteurs des essais bengali et pakistanais estiment que l’application de chlorhexidine sur l’ombilic a prouvé son efficacité sur la mortalité néonatale dans les populations défavorisées des pays asiatiques.

De façon un peu rituelle, ces auteurs en appellent cependant à de nouvelles études pour confirmer ou infirmer qu’une seule désinfection est suffisante et pour déterminer si ce type d’intervention aurait les mêmes résultats en Afrique. 

L’éditorialiste du Lancet quant à lui va plus loin (3). Il considère que l’on peut dès maintenant recommander l’application de chlorhexidine à 4 % sur le cordon des nouveau-nés dans les zones rurales des pays en voie de développement et ce sur tous les continents. En effet, pour David Osrin, compte tenu du besoin évident d’améliorer les soins de cordon dans ces populations, de la faisabilité et du coût très réduit de cette intervention et de son risque très limité, il n’est pas nécessaire d’attendre de nouvelles preuves avant d’agir.

Reste une question cruciale, celle de la possibilité logistique de généraliser ce type d’intervention salvatrice dans tous les pays en voie de développement en s’appuyant sur les réseaux de santé locaux et en formant les intervenants sanitaires habituels. Sur une large échelle, il ne sera en effet pas possible, comme dans ces 3 essais, de mettre en place des équipes dédiées à ces soins de cordon.



Dr Nicolas Chabert


1) El Arifeen S et coll. The effect of cord cleansing with chlorhexidine on neonatal mortality in rural Bangladesh: a community-based, cluster-randomised trial. Lancet 2012, publication avancée en ligne le 8 février 2012 (doi:10.1016/S0140-6736(11)61848-5);
2) Soofi S et coll.: Topical application of chlorhexidine to neonatal umbilical cords for prevention of omphalitis and neonatal mortality in a rural district of Pakistan: a community-based, cluster-randomised tria l. Lancet 2012, publication avancée en ligne le 8 février 2012 (doi:10.1016/S0140-6736(11)61877-1).
3) Osrin D et coll.: Chlorhexidine cord cleansing to reduce neonatal mortality. Lancet 2012, publication avancée en ligne le 8 février 2012 (doi:10.1016/S0140-6736(12)60114-7).


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