Stimulation magnétique contre la dépression : on repart à zéro ?

Face aux dépressions réfractaires aux traitements antidépresseurs, quelle alternative thérapeutique peut-on proposer ? Malgré les progrès des protocoles pour les délivrer (notamment en matière d’assistance anesthésique) et leur « relooking » sous la forme modernisée et « soft » d’électroconvulsivothérapie (ECT), les électrochocs restent marqués par leur passé sulfureux limitant l’engouement à leur égard. D’autres techniques de « neurostimulation » sont parfois proposées (stimulation vagale [1] et stimulation cérébrale profonde [2]), mais elles demeurent marginales, en raison de leur aspect « encore plus invasif que l’ECT » et des risques importants d’effets latéraux. L’idéal serait donc de disposer d’une méthode non invasive et sans effet indésirable.

La stimulation magnétique transcrânienne (SMT) constitue précisément une technique « prometteuse, non invasive et bien tolérée. » Elle semble susceptible de constituer l’alternative espérée, lorsque les antidépresseurs seuls se révèlent impuissants, et les études attendues doivent statuer sur ses chances de passer « du stade de la recherche à la pratique clinique. »

Dès à présent, une méta-analyse basée sur 31 essais randomisés (réalisés entre 1996 et 2008) a concerné 815 patients recevant effectivement une SMT et 716 un simulacre de traitement par SMT (équivalent au placebo d’une étude contrôlée). Cette recherche a montré un « effet significatif modéré en faveur de la SMT » (g de Hedges [3] = 0,64 ; intervalle de confiance 95 % : 0,50 à 0,79 ). Si le mécanisme d’action de cette SMT reste méconnu, on estime que le champ magnétique ainsi délivré pourrait induire un courant électrique entraînant une dépolarisation des neurones, d’où leur éventuelle « réinitialisation », pour prendre une comparaison avec l’informatique. Cette sorte de « remise à zéro » ou de « reconfiguration » des ensembles de neurones concernés permettrait finalement « l’effacement » des états neuronaux antérieurs, associés aux manifestations cliniques (et sans doute biochimiques aussi) du syndrome dépressif. 

[1] http://en.wikipedia.org/wiki/Vagus_nerve_stimulation
[2]« Méthode invasive d’électrothérapie consistant à implanter chirurgicalement dans le cerveau des électrodes qui délivrent un courant électrique de faible intensité dans certaines structures spécifiques situées en profondeur comme le thalamus. » (Wikipedia)
[3] La connaissance du « g de Hedges » est l’un des critères statistiques renseignant sur la magnitude d’un effet : cf. http://en.wikipedia.org/wiki/Effect_size

 

 

Dr Alain Cohen

Référence
Allan C et coll. : Transcranial stimulation in depression. Br J Psychiatry, 2012 ; 200 : 10–11.

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Vos réactions (5)

  • La "Légende magnétique"

    Le 17 février 2012

    La stimulation dite "magnétique" consiste à délivrer un champ électro-magnétique sous forme d'impulsions. Il s'agit donc d'un champ magnétique variable dans le temps, qui génère donc un courant électrique induit: la TMS agit donc par stimulation électrique pure.
    Les neurones étant dépourvus - pour autant qu'on le sache- de magnétosomes (micro particules de magnétite telles qu'on on en trouve dans le cytoplasme de certains microorganismes, tel "Aquaspirillum magnetotacticum"), il n' y a aucune action magnétique en tant que telle stimulant les cellules ou les nerfs.
    Quant au mécanisme d'action de la TMS, disons qu'il pourrait s'agir d'une mini sismothérapie (dont le mécanisme d'action est lui même sujet à controverse).
    N'oublions pas également la forte charge "affective" liée au mot "magnétique", et ne privons pas les patients des bénéfices de cette puissante "attente croyante".
    Si j'avais une étude à proposer, ce serait une comparaison de l'efficacité de la TMS selon qu'elle serait dénommée, pour le patient, stimulation magnétique ou électrique.

    Dr Yves Darlas

  • J'ai dû rater une étape ?

    Le 17 février 2012

    Je ne comprends pas bien qu'à l'heure où l'on nous demande le niveau de preuve de nos référentiels et où nous serions attaquable si ce niveau était insuffisant, le JIM accepte un article qui ne cite dans son référentiel que "Wikipédia".
    Mais peut-être que je devrais refaire un formation sur la recherche sur internet !

    Dr Robert Luy

  • Approuvée par la FDA en 2008

    Le 17 février 2012

    Le terme anglo-saxon qui décrit la stimulation magnétique transcranienne (SMT ) est « Transcranial Magnetic Stimulation » (abrégée TMS).
    Informations supplémentaires (avec références médicales) sont disponibles sur le site de Wikipedia. La version Anglaise (ou Américaine) détaille l’historique et l’efficacité du traitement. (http://en.wikipedia.org/wiki/Transcranial_magnetic_stimulation)
    (http://fr.wikipedia.org/wiki/Stimulation_magn%C3%A9tique_transcranienne)
    En résumé :
    Cette thérapie a été approuvée par la FDA (Food and Drug Administration) aux Etats-Unis en 2008.
    Son mode de fonctionnement exact reste cryptique et de nombreuses théories ont étés élaborées.
    L’une d’elles est que les pulsations magnétiques répétées créent un courant qui influence les neurones impliqués dans les troubles de l’humeur.
    Le protocole utilisé dans l’une des institutions à Chicago aux Etats-Unis consiste en plusieurs séances journalières de 40 minutes pendant 4 à 6 semaines.
    Le côté gauche du cortex préfrontal dorso-latéral est traité avec des brèves impulsions magnétiques répétées pendant un courte période alternée avec une période de récupération. Il y a un risque faible d’épilepsie, présent surtout chez les patients prenant des médicaments qui abaissent le seuil épileptique. Comme c’est une nouvelle technique, les résultats à long terme restent indéterminés. L’ensemble des médecins confirment qu’une partie seulement de leurs patients répondent à cette thérapie avec 40 à 60 % de succès. La définition de succès étant variable depuis une diminution de la dose d’antidépresseurs à une amélioration des symptômes dépressifs perçus par l’échelle de dépression d’Hamilton.
    La TMS s’est montrée efficace dans d’autres affections comme la manie, et les migraines multi-résistantes. D’autres indications restent encore à l‘état de recherche clinique.
    Les cliniciens qui utilisent cette thérapie insistent qu’il s’agit d’une thérapie d’appoint et que les antidépresseurs garderont une place prépondérante dans le traitement de la dépression.

    Dr Georges Cehovic, Chicago, Illinois, USA

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