Le dépistage du cancer du col de l’utérus échappe aux
controverses naissantes qui touchent notamment les dépistages du
cancer du sein et de la prostate. Les conclusions d’une récente
étude suédoise devraient l’en préserver définitivement. L’objectif
de l’étude était de déterminer si le dépistage systématique
améliorait le taux de guérison et la survie.
En Suède, le dépistage du cancer du col est organisé et un
frottis est proposé systématiquement tous les 3 ans aux femmes
entre 23 et 50 ans, puis tous les 5 ans entre 51 et 60 ans. Les
auteurs de l’étude ont inclus les 1 230 patientes chez qui un
cancer avait été diagnostiqué entre 1999 et 2001 et ont réalisé un
suivi prospectif, pendant 8,5 ans en moyenne.
Les femmes dont le cancer est diagnostiqué par le dépistage
systématique ont un meilleur pronostic que celles dont le cancer
est détecté à l’occasion de l’apparition de symptômes. La survie
moyenne à 5 ans des premières est de 95 %, alors qu’elle est de 69
% pour les secondes. Quant au taux de guérison, il est de 92 % pour
les premières et de 66 % pour les secondes. Parmi les patientes
symptomatiques, celles dont le cancer a été découvert dans
l’intervalle entre deux frottis (« cancer de l’intervalle
») ont-elles aussi plus de chance de guérison que celles qui ont
laissé passer la date de leur dernier frottis ou n’en ont jamais
fait (74 % vs 60 %).
La différence constatée dans les taux de guérison est la même
pour tous les types histopathologiques, sauf pour les carcinomes à
petites cellules (nombre de cas trop faible en dépistage
systématique pour un résultat significatif), et persiste après
ajustement pour le stade de la lésion au moment du diagnostic. Plus
de 3 femmes sur 4 qui décèdent de cancer du col n’avaient pas
réalisé de frottis dans les temps recommandés. Les auteurs en
concluent que l’intervalle recommandé entre les frottis est
approprié et que pour obtenir une réduction de l’incidence et de la
mortalité du cancer du col il est maintenant nécessaire de cibler
les femmes qui ne se font pas dépister.
En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) recommandait
en 2010 la mise en place d’un dépistage organisé du cancer du col :
« Le dépistage organisé a fait la preuve de sa
supériorité par rapport au dépistage individuel (ou spontané) en
termes d’efficacité, d’efficience, ainsi que d’équité et d’égalité
d’accès à la prévention. » La même HAS précisait que «
dans la situation actuelle, on constate que plus de 50 % des
femmes ne sont pas ou sont trop peu souvent dépistées, qu’environ
40 % des femmes sont dépistées trop fréquemment, 10 % seulement des
femmes bénéficiant d’un dépistage dans l’intervalle
recommandé. »
Dr Roseline Péluchon
Andrae B et coll. : Screening and cervical cancer cure: population based cohort study BMJ 2012 ;344:e900 doi: 10.1136/bmj.e900
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