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Il y a de la leishmaniose cutanée dans le Jura

Publié le 14/06/2012   |  1 réaction Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Il y a de la leishmaniose cutanée (LC) dans le Jura et, comme personne ne le sait, l’infection peut faire bien des dégâts avant de faire sa preuve. Ce malheureux hollandais qui en a été victime vous le confirmerait certainement : revenu d’un séjour estival de 15 jours à Clairvaux-les-Lacs où il avait largement assumé sa passion pour la marche et les grandes promenades en forêt, il a constaté (3 mois plus tard) la présence d’une vilaine boursouflure sur le nez. Quelque temps après, en février 2008, il a consulté un dermatologiste qui l’a traité deux fois par cryothérapie pour kératose actinique ; la lésion récidivant, il est revenu vers le praticien qui, pour le coup, a exigé une biopsie, interprétée comme inflammation ulcérative aiguë sine causa, ce qui a amené à une prescription de crèmes à l’imiquimod et érythromycine plus clobétasol, puis de tacrolimus qui n’ont rien arrangé. Lassé, le patient s’est confié à un second dermatologiste en novembre 2008. Une autre biopsie a révélé, cette fois, des histiocytes pleins de micro-organismes. On approchait du but : le patient a été dirigé vers le département de dermatologie du centre académique médical d’Amsterdam, où il a été correctement pris en charge. Le diagnostic de LC a été définitivement posé et un traitement salvateur entrepris.

Les Hollandais en sont certains : leur compatriote a bien été contaminé dans le Jura. Tant l’interrogatoire du patient, qui ne s’était jamais rendu avant en zone d’endémie, que la nouvelle épidémiologie de l’infection le prouvent. La LC est principalement rencontrée en France dans la région des Pyrénées Orientales, mais le front remonte vers le Nord et l’Est, disséminant en Europe à partir de ses foyers méditerranéens. Des phlébotomes et para phlébotomes ont été trouvés très au Nord de leurs territoires habituels, et l’Allemagne elle-même serait atteinte. Et les Hollandais de se poser finalement cette question- affirmation  qui, inévitablement, viendra à l’esprit de beaucoup d’entre nous : n’est t-il pas tentant de voir là une nouvelle conséquence néfaste du réchauffement climatique ?

Un groupe français vient de répondre, quelques mois plus tard dans le même journal, au « case report » hollandais, et ce n’est pas pour le contester. A la suite de l’observation de Clairvaux-les- Lacs, une grande investigation entomologique et sérologique sera menée cet été 2012 dans le Jura pour y établir une évidence de transmission locale. En attendant les résultats, force est de constater que M. Kasbari et coll. ne sont guère surpris : si Phlebotomus perniciosus, vecteur important de LC, n’a pas encore été détecté dans le Jura, il l’a par contre été en Côte d’Or et Saône et Loire. De récents modèles épidémiologiques prédisaient de nouveaux foyers sur la côte Atlantique, et des cas de L canine ont été rapportés dans les Deux Sèvres, la Loire Atlantique et le Loiret. Des chiens ont aussi été atteints sur la vallée du Rhin en Allemagne, témoignant de cette extension sur le Nord-Est dont ferait partie le Jura. La LC gagne du terrain, dans le Jura et d’autres régions françaises, et les praticiens du cru ont  tout intérêt à savoir en évoquer le diagnostic…



Dr Jack Breuil


Faber W R et coll. : Cutaneous leishmaniasis acquired in Jura, France. J.
Emerg Infect Dis., 2012;1: 183-4
Kasbari M et coll. : Possibility of leishmaniasis transmission in Jura, France. J.
Emerg Infect Dis., 2012; 6: 1030




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Vos réactions

Errance diagnostique

Le 15 juin 2012

Il faut aussi alerter l'ensemble des généralistes et pédiatres sur la diffusion des L. viscérales dont la zone s'étend de plus en plus remontant la vallée du Rhône et dépassant Lyon, pour donner des tableaux gravissimes, souvent non diagnostiqués pendant des semaines et pouvant aboutir à de faux diagnostics de leucoses (tableau aplasie par hyperactivation macrophagique) dont le diagnostic n'est fait qu'à la biopsie médullaire qui retrouve…les leishmanii. Enfin il faut rappeler aux hospitaliers que le traitement de ces formes en unidose est tout à fait validé par les équipes marseillaises.
Je tiens à disposition des photos de nourrisson atteint avec des éruptions cutanées qui ont fait errer le diagnostic.

Béatrice Baszanger

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