Il y a de la leishmaniose cutanée (LC) dans le Jura et, comme
personne ne le sait, l’infection peut faire bien des dégâts avant
de faire sa preuve. Ce malheureux hollandais qui en a été victime
vous le confirmerait certainement : revenu d’un séjour estival de
15 jours à Clairvaux-les-Lacs où il avait largement assumé sa
passion pour la marche et les grandes promenades en forêt, il a
constaté (3 mois plus tard) la présence d’une vilaine boursouflure
sur le nez. Quelque temps après, en février 2008, il a consulté un
dermatologiste qui l’a traité deux fois par cryothérapie pour
kératose actinique ; la lésion récidivant, il est revenu vers le
praticien qui, pour le coup, a exigé une biopsie, interprétée comme
inflammation ulcérative aiguë sine causa, ce qui a amené à une
prescription de crèmes à l’imiquimod et érythromycine plus
clobétasol, puis de tacrolimus qui n’ont rien arrangé. Lassé, le
patient s’est confié à un second dermatologiste en novembre 2008.
Une autre biopsie a révélé, cette fois, des histiocytes pleins de
micro-organismes. On approchait du but : le patient a été dirigé
vers le département de dermatologie du centre académique médical
d’Amsterdam, où il a été correctement pris en charge. Le diagnostic
de LC a été définitivement posé et un traitement salvateur
entrepris.
Les Hollandais en sont certains : leur compatriote a bien été
contaminé dans le Jura. Tant l’interrogatoire du patient, qui ne
s’était jamais rendu avant en zone d’endémie, que la nouvelle
épidémiologie de l’infection le prouvent. La LC est principalement
rencontrée en France dans la région des Pyrénées Orientales, mais
le front remonte vers le Nord et l’Est, disséminant en Europe à
partir de ses foyers méditerranéens. Des phlébotomes et para
phlébotomes ont été trouvés très au Nord de leurs territoires
habituels, et l’Allemagne elle-même serait atteinte. Et les
Hollandais de se poser finalement cette question- affirmation
qui, inévitablement, viendra à l’esprit de beaucoup d’entre nous :
n’est t-il pas tentant de voir là une nouvelle conséquence néfaste
du réchauffement climatique ?
Un groupe français vient de répondre, quelques mois plus tard
dans le même journal, au « case report » hollandais, et ce n’est
pas pour le contester. A la suite de l’observation de
Clairvaux-les- Lacs, une grande investigation entomologique et
sérologique sera menée cet été 2012 dans le Jura pour y établir une
évidence de transmission locale. En attendant les résultats, force
est de constater que M. Kasbari et coll. ne sont guère surpris : si
Phlebotomus perniciosus, vecteur important de LC, n’a pas encore
été détecté dans le Jura, il l’a par contre été en Côte d’Or et
Saône et Loire. De récents modèles épidémiologiques prédisaient de
nouveaux foyers sur la côte Atlantique, et des cas de L canine ont
été rapportés dans les Deux Sèvres, la Loire Atlantique et le
Loiret. Des chiens ont aussi été atteints sur la vallée du Rhin en
Allemagne, témoignant de cette extension sur le Nord-Est dont
ferait partie le Jura. La LC gagne du terrain, dans le Jura et
d’autres régions françaises, et les praticiens du cru ont
tout intérêt à savoir en évoquer le diagnostic…
Dr Jack Breuil
Faber W R et coll. : Cutaneous leishmaniasis acquired in Jura, France. J.
Emerg Infect Dis., 2012;1: 183-4
Kasbari M et coll. : Possibility of leishmaniasis transmission in Jura, France. J.
Emerg Infect Dis., 2012; 6: 1030
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Vos réactions |
Errance diagnostique
Le 15 juin 2012
Il faut aussi alerter l'ensemble des généralistes et pédiatres sur la diffusion des L. viscérales dont la zone s'étend de plus en plus remontant la vallée du Rhône et dépassant Lyon, pour donner des tableaux gravissimes, souvent non diagnostiqués pendant des semaines et pouvant aboutir à de faux diagnostics de leucoses (tableau aplasie par hyperactivation macrophagique) dont le diagnostic n'est fait qu'à la biopsie médullaire qui retrouve…les leishmanii. Enfin il faut rappeler aux hospitaliers que le traitement de ces formes en unidose est tout à fait validé par les équipes marseillaises.
Je tiens à disposition des photos de nourrisson atteint avec des éruptions cutanées qui ont fait errer le diagnostic.
Béatrice Baszanger
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