On considère que près de 10 % des sujets de plus de 12 ans dans
la population générale américaine (plus chez les hommes) connaît
des problèmes de dépendance vis-à-vis de drogues, dont l’alcool. Ce
taux serait encore plus élevé chez les médecins, du fait de leur
accès plus facile aux opioïdes. Les auteurs ont mené en 2010 une
étude sur les chirurgiens américains pour analyser la prévalence de
cette addiction et ses conséquences sur leur vie personnelle,
sociale et professionnelle.
Elle a concerné les membres du Collège des chirurgiens
américains volontaires pour participer à cette étude (sans en
connaître le but), les réponses étant anonymes. Parmi les 70
questions posées, certaines concernaient la qualité de vie (qdv),
la fatigue, la satisfaction professionnelle, les substances
toxiques ingérées, les erreurs médicales et les poursuites
juridiques rencontrées. Il leur était demandé, par exemple : «
quelle est la fréquence de votre sensation d’épuisement ?
» ou « combien de fois, depuis votre internat, vous êtes-vous
montré insensible aux soucis d’autrui ?» ; les réponses ont
été classées à l’aide de l’échelle MBI (Maslach Burnout
Inventory).
Si la réponse aux 2 questions ci-dessus était « au moins une
fois/semaine », on en a déduit que le degré de fatigue ou de
dépersonnalisation était sévère. Des instruments analogues ont été
utilisés pour estimer les symptômes dépressifs, la qdv, le désir de
recommencer la même carrière, si c’était à refaire, ou de la
conseiller à leurs enfants. Ces données ont été comparées avec
celles concernant la consommation d’éthanol avouée, la dépendance
étant définie par un score ≥ 5 chez l’homme (≥ 4 chez la femme) sur
une échelle de 0 à 12 (test AUDIT-C).
Ce score a été atteint par 1 112 (15,4 %) des 7197 chirurgiens
participants et il est pire chez les femmes (25,6 % !), les jeunes
(19 % entre 35 et 44 ans), les concubins (26,5 %), les chirurgiens
sans enfants (23 %).Parmi les praticiens ayant déclaré une erreur
médicale dans les 3 mois, 78 % étaient alcooliques !
Quant aux symptômes d’épuisement et de dépersonnalisation,
dépistés par les questions mentionnées ci-dessus, ils sont d’autant
plus fréquents que l’imprégnation alcoolique est intense.
Ceci a été confirmé par une analyse multivariée qui a clairement
mis en évidence une corrélation entre l’excès de consommation
d’alcool d’une part, et, d’autre part, l’épuisement, la dépression,
ou des fautes médicales graves récentes.
Illustration : Daniel Gelin en médecin alcoolique dans La
vie est un long fleuve tranquille
Dr Jean-Fred Warlin
Oreskovich MR et coll. : Prevalence of alcohol use disorders among American surgeons. Arch.Surg., 2012; 147: 168-174.
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