Plusieurs études prospectives ont montré une association entre
sommeil de courte durée et prise de poids. En effet le manque de
sommeil semble altérer la sécrétion d’hormones majeures impliquées
dans la régulation de la prise alimentaire tel que la ghréline, la
leptine ou encore le cortisol.
Les petits dormeurs sont donc plus à risque de surpoids, mais le
fait de prolonger leur temps de sommeil suffira-t-il à diminuer ce
risque ?
Les études randomisées étant difficiles à implémenter, c’est à
travers d’une étude longitudinale que les auteurs ont tenté de
répondre à cette question.
Quarante-trois adultes (IMC moyen 27,7 Kg/m²) issus de la
cohorte « Québec Family Study » ont été identifiés
comme petits dormeurs (durée de sommeil ≤ 6h/j) et inclus dans
l’étude. Ils ont été divisés en 2 groupes:
1) ceux qui ont maintenu un temps de sommeil ≤ 6h/j jusqu’à la
fin de l’étude ;
2) Ceux qui ont prolongé leur temps de sommeil à une durée
théoriquement optimale de 7-8h/J.
Un troisième groupe d’individus, ayant comptabilisé 7 à 8 h/j de
sommeil tout au long du suivi, a fait office de groupe contrôle
(GC). La variation de l’IMC et de la masse grasse (MG) a été
mesurée pour chacun des 3 groupes entre le début et la fin de
l’étude (6 ans).
Comme prévu le GC avait un IMC moyen inférieur aux groupes des
petits dormeurs (groupe 1 et 2) en début d’étude avec
respectivement 25,5 Kg/m² et 27,7 Kg/m² (p<0,05). Au bout de 6
ans, le GC et le groupe de petits dormeurs ayant rallongé leur
temps de sommeil (groupe 2) avaient pris tous les deux 1 point
d’IMC et 1 kg de MG. Par contre pour les petits dormeurs ayant
maintenu leur temps de sommeil (groupe 1) l’IMC avait augmenté de 2
points et la MG de 3,5 kg (différence entre groupe 1 et 2 : 1,1
Kg/m² et 2,4 kg de MG sur 6 ans, p<0,05 en données ajustées)
Selon les auteurs, cette étude démontre pour la première fois
que l’allongement du temps de sommeil vers une durée optimale de 7
à 8h/j freinerait la prise de poids et de masse grasse. Ils
estiment que cette observation justifie l’inclusion du temps de
sommeil comme facteur de risque de surpoids même si aucune relation
de causalité ne peut être établie à ce stade.
En attendant des essais randomisés, les études concernant
l’obésité et l’apnée obstructive du sommeil (SAOS) sont loin de
confirmer le fait qu’un meilleur sommeil inverserait la courbe de
l’IMC. En effet, si l’appareillage nocturne (CPAP) améliore
significativement la qualité et la durée du sommeil, il ne favorise
par pour autant la perte de poids !
Dr Rodi Courie
Chapute JP et coll. : Longer sleep duration associates with lower adiposity gain in adult short sleepers, International Journal of Obesity, 2012 ; 36 : 752–756.
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