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Talcage ou cathéter intra-pleural pour les pleurésies néoplasiques dyspnéisantes ?

Publié le 19/06/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Les pleurésies néoplasiques affectent plus d'un million de malades par an à travers le monde et sont d'une extrême gravité, l’espérance de vie se situant autour de 4 mois. Le traitement conventionnel repose sur un drainage pleural suivi d'un talcage en vue de favoriser la pleurodèse. Il nécessite une hospitalisation d'en moyenne 7 jours et est suivi d'environ 30 % d'échecs. La mise en place d'un cathéter intra-pleural (IPC) constitue une alternative thérapeutique qui aurait plusieurs avantages dont une pose en ambulatoire et un taux de pleurodèses effectives de 46 %. Ces bénéfices doivent toutefois être contrebalancés par un risque d'infection pleurale, de déplacement ou d'obstruction du cathéter, voire de greffes métastatiques le long de son trajet sous cutané.

Cent deux patients inclus dans un essai comparatif

Un seul essai ayant comparé pleurodèse à la doxycycline, et non par talcage, et IPC, l'étude TIME 2 (Second Therapeutic Intervention in Malignant Effusion Trial) s'est proposée, dans le cadre d'un essai ouvert, randomisé, multicentrique de comparer, en première ligne thérapeutique, l'efficacité de l'IPC vs le talcage sur la dyspnée dans les pleurésies néoplasiques. Elle a recruté entre 2007 et 2011 des patients qui présentaient un cancer de la plèvre confirmé histologiquement, âgés de 18 ans ou plus, dont l'espérance de vie était supérieure à 3 mois et qui, tous, avaient donné leur consentement par écrit.

La présence d'un chylothorax, des antécédents de lobectomie ou de pneumonectomie, un traitement antérieur à visée pleurale, une leuconeutropénie ou une hypoventilation alvéolaire constituaient des critères d’exclusion.

En cas d' IPC, la pose du cathéter a été réalisée en ambulatoire, parallèlement à l’éducation du patient, de son entourage et des infirmières pour la prise en charge ultérieure. Le drainage externe a été maintenu aussi longtemps que nécessaire avec ablation au plus tôt 4 semaines après arrêt de tout écoulement et radiographie de contrôle confirmant l'absence de récidive de pleurésie. Le talcage a été fait en milieu hospitalier, après évacuation de la plèvre, par instillation de 4 grammes de talc stérile. Dans les 2 cas, le traitement de base du cancer primitif était naturellement poursuivi. Les participants ont été suivis au maximum 12 mois avec appréciation à la fois de la dyspnée et de la douleur thoracique par échelle visuelle analogique (EVA) de 0 à 100 mm, 0 étant défini par l' absence de toute symptomatologie, 100 par une dyspnée ou une douleur maximales. Le critère principal de l'étude a été l'évolution de la dyspnée au 42e jour. D' autres paramètres ont été aussi pris en compte, dont le devenir de la douleur pleurale, la qualité de vie, le nombre de jours d'hospitalisation ou de ré hospitalisation, les effets secondaires de chaque type de traitement. Toutes les données ont été analysées en intention de traiter, ajustées en fonction de l’état OMS des patients et du type de cancer primitif (mésothéliome ou autre).

Sur 143 patients initialement recrutés, seuls 106 ont été effectivement inclus, 52 en vue d’une IPC, 54 pour un talcage. Les deux groupes étaient identiques en terme de dyspnée (62 vs 55 mm) et de douleur (29 vs 22 mm). Il y avait toutefois plus de cancers du sein et moins de cancers pulmonaires dans le bras IPC. La moyenne d'observation a été identique, s'établissant à 41 jours.

Une efficacité globalement identique

La dyspnée s'est améliorée dans les 2 bras, avec une EVA s'abaissant à 24,7 mm dans le bras IPC face à 24,4 dans le bras talcage, soit une différence non significative. A 6 mois, le bénéfice persistait avec un léger avantage en faveur de l' IPC. Il en était de même pour la douleur avec une égale diminution de l’EVA de 8,2 mm au 42e jour pour l' IPC et de 4,4 pour le talcage. Par contre, la durée d'hospitalisation, initiale et ré hospitalisations, a été notablement différente selon le protocole de soins. A 12 mois, on comptait en moyenne 1 jour d'hospitalisation dans le groupe IPC (0-3) et 4,5 dans celui avec talcage (2,5-7,9), soit un p < 0,001. La survie moyenne a été de 200 jours (39-392) sous talcage vs 153 (73-288) sous IPC. La qualité de vie s'est améliorée de façon égale dans les 2 groupes.

Concernant l'éventualité d’une pleurodèse, 22 % des patients talqués ont nécessité un deuxième geste thérapeutique sur la plèvre face à seulement 3 avec drainage externe (p=0,031). Il a été toutefois noté statistiquement plus d'effets secondaires avec l'IPC (40 % vs 13 %) sans différence significative pour les seuls événement graves (17 vs 9 %). Cinq cas d’infections pleurales ont été à déplorer sous IPC, de survenue tardive entre le 50e et le 206e jour suivant l’insertion du cathéter, dont une ayant pu contribuer au décès du patient.

En conclusion, cet essai randomisé, mené dans 7 centres du Royaume Uni entre 2007 et 2011, révèle que les 2 stratégies thérapeutiques, IPC ou talcage sont également efficaces en première ligne dans la prise en charge des dyspnées sur pleurésie néoplasique, sans différence non plus dans le contrôle de la douleur ou la qualité de vie. Le moindre recours à l'hospitalisation en cas d'IPC, des soins externes à l’inverse plus contraignants, un risque plus élevé d’infections, le coût de chaque thérapeutique, enfin naturellement le choix personnel de chaque patient participent également à la prise de décision.



Dr Pierre Margent


Davies HE et coll. : Effect of an indwelling pleural catheter vs chest tube and talc pleurodesis for relieving dyspnea in patients with pleural effusion. The TIME 2 randomized controlled trial. JAMA., 2012 ; 307 : 2383-2389.



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