L'objectif de cette étude rétrospective menée entre 2002 et 2010
était d’évaluer les changements auditifs et de qualité de vie chez
299 patients (312 oreilles traitées) atteints de maladie de
Ménière, chez lesquels 393injections transtympaniques d’un mélange
titré de streptomycine/dexaméthasone ont été pratiquées. Parmi les
multiples traitements proposés pour traiter la maladie de Ménière,
la labyrinthectomie chimique effectuée à travers la perfusion
intratympanique de fortes doses d’aminosides s’avère efficace pour
contrôler les vertiges tout en étant plus simple et moins invasive
qu’une labyrinthectomie chirurgicale. Elle est devenue le
traitement de choix dans la maladie de Ménière du fait de son
efficacité et de sa simplicité. La corticothérapie générale est
précieuse de par ses propriétés anti-inflammatoires. Elle agirait
sur les processus auto-immuns semblant impliqués dans la genèse de
la maladie. Néanmoins, ses effets secondaires limitent la quantité
utilisable par voie systémique, et la quantité efficace atteignant
la périlymphe reste faible. La voie transtympanique permet de
délivrer une forte concentration de corticoïdes à la périlymphe,
plus importante que celle pouvant être obtenue par les traitements
oraux ou parentéraux. Différentes études en ont montré le bénéfice
au stade précoce de la maladie : amélioration de l’audition,
diminution de la sensation de plénitude de l’oreille, des vertiges
et de l’instabilité. Dans ce travail, les auteurs ont utilisé une
thérapie « combinée » par titration, mélangeant une faible dose de
streptomycine (10 mg/ ml) associée à une forte dose de
dexaméthasone (24 mg/ml) en administration transtympanique, en plus
de l’administration quotidienne de 16 mg de dexaméthasone par voie
intraveineuse, le tout durant 3jours consécutifs. Il persiste un
désaccord dans la littérature sur le meilleur schéma thérapeutique
permettant contrôle du vertige et préservation de l’audition,
désaccord portant aussi sur le moment optimal d’interruption de la
thérapie.
Ici, le traitement s’achevait lorsque les vertiges étaient
contrôlés de façon satisfaisante au plan subjectif, sans qu’il ne
soit nécessaire, comme l’ont proposé d’autres études, que les
réponses vestibulaires aux stimulations caloriques froides soient
totalement abolies.
Parmi les 299 patients étudiés (131 hommes [43,8 %] et 168femmes
[56,1 %]), d’âge moyen 57 ans (18 à 90), 56 des 312oreilles
montraient une amélioration significative du seuil auditif après
traitement.
Le suivi audiométrique était de 94 jours (8 à 1603 jours). Les
auteurs ont également observé que la méthode de titration avait des
résultats significativement meilleurs et était plus efficace dans
le contrôle du vertige que les autres méthodes. Les injections
hebdomadaires induisaient le plus bas taux de baisse auditive.
Parmi les méthodes d’administration (injection directe dans
l’oreille moyenne; injection dans la fenêtre ronde via un
microcathéter ou dépôt de la substance sur MicroWick de
Silverstein), aucune n’a démontré sa supériorité. Un questionnaire
de qualité de vie a été posté à tous les patients ayant subi le
protocole indépendamment du nombre de traitements ou de
l’intervalle entre chacun d’entres eux. Cette approche peut
présenter un biais : un patient ayant subi un traitement plusieurs
années auparavant peut voir son audition s’être améliorée
spontanément, tandis qu’un autre ayant bénéficié d’un traitement
récent peut ne pas encore en avoir tiré de bénéfices. Pour les
auteurs, l’injection transtympanique d’un mélange titré
streptomycine/dexaméthasone chez les patients atteints de maladie
de Ménière est une méthode permettant de préserver l’audition,
d’usage facile, bien acceptée par les patients et efficace pour
contrôler leurs vertiges. Cette méthode peut être éventuellement
combinée avec un autre traitement médical. Au total, elle a permis
de contrôler les vertiges chez 78,9%des patients après une seule
séance, chez 94 % d’entre eux après deux séances, chez 98_% d’entre
eux après trois séances. Elle peut donc avantageusement être
comparée à d’autres méthodes d’injection trans- ou intratympaniques
d’aminosides en termes de préservation de l’audition. Quant au
score de qualité de vie, critère essentiel, 90%des patients l’ont
amélioré après traitement. Ce type de protocole rend désormais les
procédures invasives (chirurgie du sac endolymphatique, section du
nerf vestibulaire, labyrinthectomie chirurgicale) bien moins
communes dans le traitement de la maladie deMénière.
Dr M.Ballester
Shea PF et coll. Hearing results and quality of life after streptomycin/
dexamethasone perfusion for Meniere’s disease. Laryngoscope
2012 ; 122 : 204-11.
Vous pouvez lire sur un thème proche
:
Copyright © http://www.jim.fr
 |
Vos réactions |