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Plus de peur, plus de mal

Publié le 28/06/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Il a été montré que le simple espoir de voir la douleur diminuer déclenche la sécrétion d'opioïdes endogènes qui inhibent effectivement la douleur (1, 2) ; il est dès lors important de découvrir les facteurs qui ont une influence sur la réponse individuelle à cette « analgésie placebo ».

La peur pourrait être un des facteurs réduisant l'analgésie placebo ; en effet, elle est associée à une augmentation de la sensation douloureuse par mise en cause des voies descendantes facilitatrices ainsi que par une augmentation de la cholécystokinine, hormone hyperalgésiante ayant des effets anti-opioïdes. En conséquence, l'intensité de la peur pourrait être un déterminant important  de l'intensité de l'analgésie placebo.

Afin d'évaluer cette relation, la douleur liée à la peur a été expérimentalement induite par le fait d'informer les sujets de l'étude qu'ils recevraient des chocs électriques. En effet, cette information augmente de manière fiable la crainte subjective (3) et les indices de peur, par exemple les sursauts induits par elle.

Les sujets de l'étude ont d'abord reçu un placebo tout en étant informés qu'il contenait un puissant analgésique ; peu de temps après ils ont été informés qu'ils recevraient des chocs électriques pendant la période d'attente d'un stimulus douloureux (situation placebo + peur, PP). La réponse au placebo en situation PP a été comparée à la réponse en situation avec placebo sans induction de peur (situation placebo, P) et à une situation dans laquelle la douleur a été appliquée sans aucune autre interférence (situation naturelle, N).

Trente-trois sujets (20 femmes et 13 hommes de 22 ans [19-40] en moyenne) ont participé à cette étude : ils ont été soumis aux les trois situations (situations PP, P et N]) dans un ordre choisi au hasard pour chacun, pendant 3 jours différents sur une période de 18 jours au maximum.

La peur a été mesurée à l'aide du questionnaire FPQ-III, le Fear of Pain Questionnaire (4), à l'aide de l'évaluation des sursauts induits par la peur, et à l'aide d'une auto-évaluation de l'efficacité de la procédure d'induction de la peur. La douleur a été rapportée sur une échelle verbale (de zéro : aucune douleur, à dix : la douleur la plus intense imaginable).

Un effet placebo a semblé influencer l'intensité de la douleur ressentie. Cette tendance a été abolie par la peur induite, et elle a été plus prononcée chez les sujets dont la peur était mesurée comme plus intense. La situation placebo a également entraîné une réduction du réflexe de sursaut. La peur inhibe donc l'analgésie placebo, et cet effet est plus marqué chez les sujets qui ont les scores de mesures de la peur les plus élevés.



Dr Gérard Loeb


Lyby PS et coll. : Induced fear reduces the effectiveness of a placebo intervention on pain. Pain 2012;153:1114–21.
1) Levine JD et coll. : The mechanism of placebo analgesia. Lancet, 1978; 2: 654–7.
2) Zubieta JK et coll. : Placebo effects mediated by endogenous opioid activity on mu-opioid
receptors. J Neurosci., 2005;25:7754–62.
3) Phelps EA et coll. : Activation of the left amygdala to a cognitive representation of fear. Nat Neurosci 2001;4:437–41.
4) McNeil DW et coll. : Development of the fear of pain questionnaire III. J Behav Med., 1998; 21:389–410.



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