Il a été montré que le simple espoir de voir la douleur diminuer
déclenche la sécrétion d'opioïdes endogènes qui inhibent
effectivement la douleur (1, 2) ; il est dès lors important de
découvrir les facteurs qui ont une influence sur la réponse
individuelle à cette « analgésie placebo ».
La peur pourrait être un des facteurs réduisant l'analgésie
placebo ; en effet, elle est associée à une augmentation de la
sensation douloureuse par mise en cause des voies descendantes
facilitatrices ainsi que par une augmentation de la
cholécystokinine, hormone hyperalgésiante ayant des effets
anti-opioïdes. En conséquence, l'intensité de la peur pourrait être
un déterminant important de l'intensité de l'analgésie
placebo.
Afin d'évaluer cette relation, la douleur liée à la peur a été
expérimentalement induite par le fait d'informer les sujets de
l'étude qu'ils recevraient des chocs électriques. En effet, cette
information augmente de manière fiable la crainte subjective (3) et
les indices de peur, par exemple les sursauts induits par elle.
Les sujets de l'étude ont d'abord reçu un placebo tout en étant
informés qu'il contenait un puissant analgésique ; peu de temps
après ils ont été informés qu'ils recevraient des chocs électriques
pendant la période d'attente d'un stimulus douloureux (situation
placebo + peur, PP). La réponse au placebo en situation PP a été
comparée à la réponse en situation avec placebo sans induction de
peur (situation placebo, P) et à une situation dans laquelle la
douleur a été appliquée sans aucune autre interférence (situation
naturelle, N).
Trente-trois sujets (20 femmes et 13 hommes de 22 ans [19-40] en
moyenne) ont participé à cette étude : ils ont été soumis aux les
trois situations (situations PP, P et N]) dans un ordre choisi au
hasard pour chacun, pendant 3 jours différents sur une période de
18 jours au maximum.
La peur a été mesurée à l'aide du questionnaire FPQ-III, le Fear
of Pain Questionnaire (4), à l'aide de l'évaluation des sursauts
induits par la peur, et à l'aide d'une auto-évaluation de
l'efficacité de la procédure d'induction de la peur. La douleur a
été rapportée sur une échelle verbale (de zéro : aucune douleur, à
dix : la douleur la plus intense imaginable).
Un effet placebo a semblé influencer l'intensité de la douleur
ressentie. Cette tendance a été abolie par la peur induite, et elle
a été plus prononcée chez les sujets dont la peur était mesurée
comme plus intense. La situation placebo a également entraîné une
réduction du réflexe de sursaut. La peur inhibe donc l'analgésie
placebo, et cet effet est plus marqué chez les sujets qui ont les
scores de mesures de la peur les plus élevés.
Dr Gérard Loeb
Lyby PS et coll. : Induced fear reduces the effectiveness of a placebo intervention on pain. Pain 2012;153:1114–21.
1) Levine JD et coll. : The mechanism of placebo analgesia. Lancet, 1978; 2: 654–7.
2) Zubieta JK et coll. : Placebo effects mediated by endogenous opioid activity on mu-opioid
receptors. J Neurosci., 2005;25:7754–62.
3) Phelps EA et coll. : Activation of the left amygdala to a cognitive representation of fear. Nat Neurosci 2001;4:437–41.
4) McNeil DW et coll. : Development of the fear of pain questionnaire III. J Behav Med., 1998; 21:389–410.
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