La dérivation gastrique de Roux-en-Y (DGRY) permettrait
d’obtenir, au-delà de la perte de poids, la rémission du diabète,
avec un maintien de l’euglycémie sans traitement
anti-hyperglycémiant 14 années durant ou plus chez près de 80 à 85
% des patients atteints d’obésité sévère (IMC > 35) et de
diabète de type 2 (DT2), ainsi qu’une baisse de la mortalité à long
terme avec une réduction, selon différents travaux, de 92 % des
décès liés au diabète. Devant ces résultats encourageants, des
auteurs des universités de Sao Paulo et de Washington ont cherché à
savoir si cette chirurgie bariatrique pouvait avoir des effets
bénéfiques aussi en population diabétique de type 2 avec une
obésité moins sévère.
Un IMC à moins de 35
C’est auprès de 66 patients atteints de DT2, dont l’IMC se
situait entre 30 et 34,9, que RV Cohen et coll ont évalué,
prospectivement, en structure tertiaire à Sao Paulo, l’impact de la
DGRY sur le devenir du diabète et les comorbidités associées à ce
dernier.
Le diabète a été défini par l’existence d’une glycémie à jeun
atteignant ou dépassant 126 mg/dl ou par la présence de symptômes
de diabète accompagnés occasionnellement d’une glycémie égale ou
supérieure à 200 mg/dl, ou encore par la découverte d’une glycémie
supérieure ou égale à 200 mg/dl 2 heures après charge de 75 g de
glucose.
Chez les patients inclus (40 hommes, 26 femmes), âgés en moyenne
de 47 ± 12 ans, le diabète durait depuis 12,5 ± 7,4 ans en moyenne,
et était mal contrôlé (taux moyen d’hémoglobine glyquée – HbA1c :
9,7 ± 1,5 %) malgré un traitement anti-hyperglycémiant pers os
et/ou une insulinothérapie. Les comorbidités étaient fréquentes :
39 % des patients étaient hypertendus, 50 % avaient une
hypercholestérolémie, 47 % une hypertriglycéridémie, et le tour de
taille était en moyenne de 113 ± 4 cm chez les hommes et de 101 ± 7
cm chez les femmes.
Au cours d’un suivi médian de 5 ans après la DGRY (1-6 ans), une
rémission du DT2 (HbA1c < 6,5 %) a été observée dans 88 % des
cas. Le taux moyen d’HbA1c a chuté de 9,7 ± 1,5 % à 5,9 ± 0,1 %, et
la glycémie à jeun est passée de 156 ± 11 mg/dl à 97 ± 5 mg/dl (p
< 0,001 pour ces deux comparaisons) sans traitement
anti-hyperglycémiant, le plus souvent au cours des 6 premiers mois
suivant l’intervention. Chez 11 % des patients c’est une
amélioration du contrôle glycémique (HbA1c < 7 %), sans
obtention de la rémission complète, qui a été observée, avec
diminution des traitements oraux du diabète et arrêt de
l’insulinothérapie dans les cas où elle avait été administrée, de 3
à 17 semaines après l’intervention.
Chute de l’HbA1c mais aussi des autres composants du syndrome
métabolique
L’analyse cependant ne révèle pas de corrélation significative
entre l’ampleur de la perte de poids et celle de la réduction
glycémique et du taux d’HbA1c, suggérant un mécanisme antidiabète
possiblement indépendant de la perte de poids. Le taux plasmatique
de peptide C, mesuré avant et après l’intervention, en réponse à un
repas test, a augmenté, suggérant une amélioration de la fonction
ß-pancréatique.
La DGRY a eu un impact favorable aussi sur les autres
composantes du syndrome métabolique, avec résolution de l’HTA dans
58 % des cas, de l’hypercholestérolémie dans 64 % et de
l'hypertriglycéridémie dans 58 % des cas. Enfin, c’est, après
DGRY, une réduction estimée de 50 à 84 % du risque à 10 ans de
maladie cardiovasculaire que laisse apparaître ce travail ; la
diminution du risque de maladie coronarienne a été estimée à 71 %
(p = 0,001), celle du risque d’événement coronarien fatal à 84 % (p
= 0,001) ; la réduction du risque d’AVC a été estimée à 50 % (p =
0,001), celle du risque d’AVC fatal à 57 % (p = 0,009).
Dans cette étude, la dérivation gastrique de Roux-en-Y, qui
s’est déroulée sans complications majeures, a été bénéfique à la
plupart des patients. Elle a amélioré, sur un suivi atteignant 6
années, le diabète de type 2, ancien et auparavant mal contrôlé
malgré les traitements, ainsi que les comorbidités associées au DT2
chez des patients obèses dont l’IMC était entre 30 et 35, en
dessous du seuil actuel de mise en œuvre d’une chirurgie
bariatrique. Des essais complémentaires, randomisés contrôlés, sont
nécessaires pour confirmer ces résultats, avant d’élargir
l’indication de cette chirurgie, à visée bariatrique et
métabolique, à des patients ayant un DT2 dont l’IMC est inférieur à
35.
Dr Julie Perrot
Cohen RV et coll. Effects of gastric bypass surgery in patients with type 2 diabetes and only mild obesity. Diabetes Care 2012 ; 35 : 1420-8 (DOI : 10.2337/dc11-2289).
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