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L’acide ursodésoxycholique réduit le prurit gravidique…modestement

Publié le 29/06/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

La cholestase hépatique affecte moins de 1 % des grossesses et son évolution est le plus souvent bénigne. Elle est toutefois associée à un accroissement du taux d’accouchements prématurés et de passages de méconium dans le liquide amniotique. Et si le lien n’est pas parfaitement établi avec une augmentation de la mortalité périnatale, nombreux sont les obstétriciens à choisir de déclencher l’accouchement à 37-38 semaines de grossesse.

L’acide ursodésoxycholique est proposé pour atténuer le prurit et diminuer la cholestase, mais son efficacité n’avait jamais été précisément évaluée, non plus que sa sécurité d’emploi pendant la grossesse.

Aucun essai randomisé de grande ampleur n’avait encore été réalisé sur ce sujet.

C’est désormais chose faite, en tous cas entreprise, puisqu’une équipe du Royaume-Uni a commencé ce travail et publie les conclusions de la première phase de l’essai. Deux objectifs étaient fixés au départ : évaluer, contre placebo, l’efficacité de l’acide ursodésoxycholique sur le prurit et la cholestase hépatique et vérifier si le déclenchement prématuré de l’accouchement augmentait ou non le risque de césarienne.

Au total 125 femmes enceintes présentant une cholestase gravidique et un prurit ont été randomisées. Une partie d’entre elles (n = 56) ont reçu 500 mg d’acide ursodésoxycholique 2 fois par jour (jusqu’à 2 g/j selon l’efficacité sur le prurit), 55 un placebo. Parallèlement 2 autres groupes ont été comparés, 30 patientes avec déclenchement prématuré planifié entre 37 et 37+6 semaines, et 32 autres avec un déroulement de la grossesse « naturel ». L’intensité du prurit a été estimée sur une échelle analogique de 0 à 100 mm, la moyenne au début de l’étude étant de 60 mm.

L’intensité du prurit est atténuée par la prise d’acide ursodésoxycholique, avec une baisse estimée de 16 mm sur l’échelle analogique (intervalle de confiance à 95 % : – 27 mm à -6 mm). Avant le début de l’étude, il avait été estimé que pour avoir un réel intérêt clinique, le traitement devait diminuer d’au moins 30 mm l’intensité du prurit. Nous en sommes donc assez loin et le  bénéfice observé freinera peut-être certains praticiens dans leurs prescriptions. Ce serait négliger l’avis des patientes dont certaines pourrait se satisfaire de la réduction, même modeste, d’un prurit invalidant.

Quant au deuxième point examiné, l’influence des déclenchements prématurés sur le taux de césariennes, l’on observe finalement moins de césariennes dans le groupe déclenché que dans l’autre groupe (23 % vs 33 %), sans que le résultat soit statistiquement significatif (risque relatif : 0,70 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,31 à 1,57).

Pour les auteurs il semble possible de poursuivre ce travail par un essai randomisé de grande ampleur pour vérifier en particulier les risques et bénéfices pour le fœtus d’un traitement par acide ursodésoxycholique. Quant à l’impact de la prise en charge obstétricale elle semble plus difficile à évaluer largement, faute d’obstétriciens volontaires pour modifier leur attitude.



Dr Roseline Péluchon


Chappell LC et coll. : Ursodeoxycholic acid versus placebo, and early term delivery versus expectant management, in women with intrahepatic cholestasis of pregnancy: semifactorial randomised clinical trial. BMJ 2012;344:e3799 doi: 10.1136/bmj.e3799



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