Le directeur général de la santé devait, le 26 mars dernier,
saisir le Haut conseil de la santé publique (HCSP) pour l’inviter à
lui faire part de ses réflexions sur le Programme national
d’amélioration de la politique vaccinale 2012-2017, déclinée en 5
axes stratégiques et 12 actions, en identifiant les aspects qu’il
considérait comme prioritaires et les points manquants ou
insuffisamment développés. Le HCSP, qui vient tout juste de rendre
son rapport, approuve globalement chacune des actions proposées
ainsi que la présentation qui en est faite dans le document de
synthèse, et identifie quelques points qui mériteraient qu’on s’y
arrête, comme la mise à disposition de vaccins achetés par l’état
et rétrocédés gratuitement à la population (geste fort d’engagement
de l’état en faveur de la vaccination) et le dogme des
recommandations appuyées par des preuves, alors qu’il apparaît que
les recommandations vaccinales pourraient, dans certains cas, être
fondées sur des niveaux de preuve qui ne sont pas optimaux (d’où
nécessité de budgets supplémentaires ad hoc).
Tout le monde semble donc d’accord pour optimiser la politique
vaccinale française. La couverture vaccinale serait-elle donc si
trouée en hexagone ? Un éditorial récent, dans la revue Médecine et
Maladies infectieuses, prend presque la forme d’un cri d’alarme.
Pour les auteurs, si la couverture vaccinale est globalement
satisfaisante dans la petite enfance, elle se dégrade ensuite à
l’adolescence et à l’âge adulte. Si l’on prend en considération les
vaccinations qui figurent au calendrier vaccinal depuis plus de 10
ans (Diphtérie Tétanos Poliomyélite, coqueluche, Rougeole Oreillons
Rubéole, hépatite B), force est de constater que moins de 27 % des
adolescents ont l’ensemble à jour ; et si l’on considère les
vaccins plus récemment introduits, les résultats sont encore moins
bons : par exemple, seulement le tiers des jeunes filles de 15 ans
ont reçu le vaccin contre le papillomavirus, au calendrier depuis
2007. La vaccination contre le méningocoque, préconisée depuis 2009
jusqu’à l’âge de 24 ans, est même si faible qu’elle ne permet
d’obtenir aucune réduction du réservoir de méningocoques C et
compromet les effets indirects bénéfiques chez les jeunes
nourrissons, pourtant observés dans des pays plus compliants…
L’OMS soulignait, dès 1999, l’importance de vacciner les
adolescents et identifiait 4 objectifs pour accroître les efforts
vaccinaux dans cette population. Ces objectifs, loin d’être
atteints chez nous, sont encore et toujours d’actualité. L’épidémie
de rougeole qui frappe le pays depuis 3 ans illustre parfaitement
le problème. Le bulletin de l’ECDC de février dernier notait que,
sur les 30 567 cas rapportés en 2011 par 29 pays européens, la
France comptait à elle seule pour plus de la moitié avec 15 206 cas
notifiés (dont 16 complications neurologiques, 714 pneumopathies
graves et 6 décès). Le rapport du HCSP sera-t-il suivi d’effets
?
Dr Jack Breuil
Cohen R et coll. : Couverture vaccinale : les ados en danger… le point à l’occasion de la semaine de la vaccination. Médecine et Maladies Infectieuses 2012 ; 42 : 139-40
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