Le syndrome de Raynaud est caractérisé par un vasopasme
périphérique épisodique des extrémités, souvent induit par
l’exposition au froid. Au-delà des causes auto-immunes, ou
médicamenteuses, la plupart des Raynaud sont idiopathiques. Dans ce
cas, plusieurs facteurs de risques sont classiquement reconnus :
tabagisme, alcoolisme, exposition au froid, vibrations, toxiques,
manutention.
La prévalence du syndrome de Raynaud est diversement appréciée
suivant la population étudiée (entre 0,5 et 20 %), influencée par
la météo locale par exemple.
Cette étude s’est attachée à étudier la prévalence et les
facteurs de risques du syndrome de Raynaud en France chez les
travailleurs.
Les auteurs ont utilisé une cohorte surveillant l’apparition de
pathologie du membre supérieur dans le pays de Loire, soit environ
5 % des travailleurs français. Les températures de cette région
sont de 6-8°C en hiver et 18-20°C en été.
Cette étude transversale a porté sur 3 710 travailleurs (2 161
hommes et 1 549 femmes) tirés au sort parmi les 184 600
travailleurs de la cohorte.
Les sujets étaient âgés de 38,7 +/- 10,3 ans, 78 % appartenaient
au secteur privé, 20 % au secteur publique. Soixante pour cent des
hommes et 45 % des femmes exerçaient un travail manuel.
Tous les sujets étaient évalués par un questionnaire Européen
validé pour les troubles musculo-squelettiques du membre supérieur
(Nordic Musculoskeletal Questionnaire) et le syndrome de Raynaud
était recherché par un questionnaire et un interrogatoire (au moins
une attaque de doigts blancs au froid au cours des 12 derniers mois
correspondant à la définition du consensus européen). Notons que la
cyanose seule n’était pas acceptée.
Un auto questionnaire permettaient d’évaluer le travail et les
occupations des sujets.
Quatre-vingt sept syndromes de Raynaud ont été identifiés chez
56 femmes et 31 hommes, soit une prévalence annuelle de 3,6 %
(intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 2,7 à 4,5 %) pour les
femmes, et de 1,4 % (IC95 de 0,9 à 1,9) pour les hommes. Le
syndrome de Raynaud était plus fréquent après 35 ans (OR [odds
ratio] = 2,0), en cas d’exposition au froid (< 15°C plus de 4
heures par jour) (OR = 2,2 ; IC95 de 1,0 à 4,6), aux mouvements
répétitifs (OR = 1,7 ; IC95 de 1,0 à 2,7), aux stress
psychologiques au travail (OR = 1,7 ; IC95 de 1,0 à 2,7), à un
manque de soutien par les supérieurs hiérarchiques au travail (OR =
2,4 ; IC95 de 1,5 à 3,8).
Par contre, le risque de syndrome de Raynaud diminuait avec
l’Index de Masse Corporelle (OR = 0,87 par 1 kg/m²).
Par ailleurs, il faut noter l’absence d’association entre
syndrome de Raynaud et utilisation d’engin vibrant.
Au total, cette étude française confirme une prédominance
féminine du syndrome de Raynaud, même en l’absence de pathologie
auto-immune, le rôle du froid, et du stress psychologique au
travail.
L’obésité, par contre, prévient le syndrome de Raynaud,
peut-être par la protection vis-à-vis du froid et des micro
traumatismes exercée par la couche adipeuse.
Dr Laurent Laloux
Roquelaure Y et coll. : Risk factors for Raynaud’s phenomenon in the workforce. Arthritis care & research. 2012 ; 64 : 898-904.
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