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A lire avant de se lancer à l’assaut de l’Himalaya

Publié le 03/07/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Dans sa biographie, le célèbre alpiniste américain Ed Viesturs relatait une altercation avec un journaliste qui lui démontrait, statistiques à l’appui, le risque élevé de l’alpinisme, en termes de mortalité. Ed Viesturs estimait que c’était le fait de grimpeurs mal entraînés et qu’à son avis l’expérience personnelle était la meilleure assurance contre l’accident.

Intuitivement, ce point de vue se défend. Il est pourtant contraire aux conclusions d’une étude menée en 2010 par Boyce et Bischack, qui concluaient que pour une expédition donnée, l’expérience acquise personnellement aux cours des précédentes montées ne diminue pas le risque d’accident mortel.

Le British Medical Journal publie ces jours-ci une nouvelle étude sur le sujet. Il s’agit d’une étude rétrospective de toutes les expéditions menées vers les sommets de l’Himalaya entre 1970 et 2010.

Les auteurs donnent tort à notre alpiniste Ed Viesturs. En effet, le vétéran des sommets himalayens n’a ni plus ni moins de risque que celui qui n’a jamais grimpé dans la région de trouver la mort au cours d’une expédition. Ce résultat est obtenu après ajustement pour plusieurs facteurs influençant le risque, tels le plan de route, le sommet choisi, l’âge et le sexe du grimpeur, la saison, l’atteinte du sommet et l’année de l’expédition (OR [odds ratio] = 1,00 ; intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 0,96 à 1,05 ; p = 0,904). Cela est contraire à la majorité des autres activités humaines, au cours desquelles l’expérience est généralement liée à une plus grande sécurité.

De plus, malgré les jugements parfois négatifs dressés contre les expéditions organisées par les agences commerciales, force est de constater qu’une au moins des critiques est infondée : la participation à ce type de voyage tend en effet à diminuer de 37 % le risque d’accident mortel par rapport à une expédition préparée traditionnellement, sans que cette valeur ne soit statistiquement significative (OR = 0,67 ; IC95 de 0,37 à 1,09 ; p = 0,100).

Que les alpinistes se rassurent, le risque de décès au cours des expéditions diminue régulièrement au fil des années, passant de 3,0 % dans les années 80 à 0,9 % depuis 2000, alors que dans le même temps, la probabilité d’atteindre les sommets passe de 21,4 % à 39,8 %. Des modifications qui sont le résultat des innovations technologiques ayant amélioré la logistique des expéditions, les entraînements, les équipements, les stratégies d’acclimatation ou encore les prévisions météorologiques et qui expliquent sans doute que dans l’alpinisme, l’expérience collective est plus importante que l’expérience individuelle en termes de survie.

Selon les auteurs, et bien qu’il soit difficile de comparer des sports différents, la mortalité attachée à l’alpinisme est 3 fois supérieure à celle du parachutisme ou du deltaplane et 300 fois supérieure à celle du football américain.



Dr Roseline Péluchon


Westhoff JL et coll. : Effects of experience and commercialisation on survival in Himalayan mountaineering: retrospective cohort study.
BMJ 2012 ; 344 : e3782 doi : 10.1136/bmj.e3782; Publication le 13 juin 2012.



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