Si différents travaux ont établi un lien entre baisse du taux
d’hémoglobine (Hb) et risque accu de dyspnée, de réduction de la
capacité respiratoire à l’effort et d’altération de la qualité de
vie chez les patients atteints de bronchopneumopathie chronique
obstructive (BPCO) stable, peu se sont intéressés à l’influence de
l’anémie sur l’évolution des patients ayant des exacerbations de
leur BPCO. Des auteurs espagnols ont cherché à pallier ce manque,
en évaluant la prévalence de l’anémie chez les patients dont la
BPCO était instable, et son impact sur la mortalité.
C Martinez-Rivera et coll. ont pour ce faire mené, en CHU à
Barcelone, une étude prospective, qui a inclus 117 patients
hospitalisés, entre novembre 2007 et novembre 2009, pour poussée de
BPCO.
L’exacerbation a été définie par une augmentation de deux des
trois symptômes suivants : dyspnée, toux, expectoration purulente,
suffisamment sévère pour imposer l’hospitalisation.
Dans la population étudiée (109 hommes, 8 femmes), âgés de 72 ±
9 ans en moyenne, dont près de 20 % étaient fumeurs, l’IMC moyen
était de 25,8 ± 5,4, le volume expiratoire maximal seconde (VEMS)
en moyenne de 37,4 ± 12,1 %. Sur un suivi de 1 an, 26 patients
(22,2 %) sont décédés, la durée moyenne de survie étant de 339
jours.
En raison de la forte prédominance des hommes dans ce travail
(93 %), c’est au-dessous du seuil de 13 g/dl d’Hb qu’a été définie
l’anémie, dont la prévalence était de 33 %.
En comparaison des patients ayant survécu au cours de l’année de
suivi, ceux décédés à cette date avaient un taux d’Hb moindre (12,4
g/dl, vs 13,8 g/dl chez les survivants ; p = 0,000), et un
hématocrite moindre lui aussi (38 % vs 41% ; p = 0,000). Ceux
décédés avaient eu aussi plus d’exacerbations de la BPCO au cours
de l’année écoulée (3,5 poussées vs 1,5 chez les patients ayant
survécu ; p = 0,000), avaient été adressés plus souvent aux
urgences (2,6 vs 1,3 ; p = 0,001) et avaient reçu plus de cycles de
corticothérapie par voie générale au cours de l’année (3,9 vs 2,2 ;
p = 0,019).
Les résultats des épreuves fonctionnelles respiratoires et le
statut nutritionnel sont apparus semblables dans les deux groupes,
à l’exception de la masse musculaire, significativement plus faible
chez les patients décédés en comparaison de ceux ayant survécu (35
% vs 39 % ; p = 0,015), et il en était de même pour l’albuminémie
(33 vs 37 mg/dl ; p = 0,039).
En analyse multivariée, deux facteurs ressortent
significativement associés au risque de décès : l’anémie (risque
relatif [RR] = 5,9 ; intervalle de confiance à 95 % [IC95] : 1,9-19
; p = 0,003) et le fait d’avoir eu plus d’une exacerbation de la
BPCO au cours de l’année écoulée (RR = 5,9 ; IC95 : 1,3-26,5 ; p =
0,021). Au rang des causes de décès, c’est l’insuffisance
respiratoire qui prédominait (42,3 % des décès), les autres causes
se répartissant notamment entre la fissuration d’un anévrysme de
l’aorte thoracique (7,7 %), la survenue d’une pneumopathie, d’une
aspergillose invasive, d’une insuffisance cardiaque, d’un infarctus
du myocarde, d’une hémorragie digestive basse, d’une mort subite,
l’existence d’un cancer du poumon, du rectum ou de l’estomac (3,8 %
pour chacune des ces causes).
L’anémie, comorbité et indicateur de mortalité dans diverses
pathologies chroniques, semble ici également associée aux poussées
de BPCO et prédictive du risque de décès des patients hospitalisés
pour exacerbation de cette affection. Le suivi (de 1 an) est
cependant de courte durée, certains paramètres n’ont pas été
examinés (pression artérielle pulmonaire, tolérance à l’effort) et
l’étiologie de l’anémie n’a pas été analysée. Des études
complémentaires sont nécessaires pour préciser les liens observés,
et l’impact du traitement de l’anémie sur le devenir des patients
reste à déterminer.
Dr Julie Perrot
Martinez-Rivera C et coll. : Anemia is a mortality predictor in hospitalized patients for COPD exacerbation. COPD 2012 ; 9 : 243-50. doi : 10.3109/15412555.2011.647131.
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