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Anémie et BPCO : plus de poussées, plus de mortalité

Publié le 04/07/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Si différents travaux ont établi un lien entre baisse du taux d’hémoglobine (Hb) et risque accu de dyspnée, de réduction de la capacité respiratoire à l’effort et d’altération de la qualité de vie chez les patients atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) stable, peu se sont intéressés à l’influence de l’anémie sur l’évolution des patients ayant des exacerbations de leur BPCO. Des auteurs espagnols ont cherché à pallier ce manque, en évaluant la prévalence de l’anémie chez les patients dont la BPCO était instable, et son impact sur la mortalité.
C Martinez-Rivera et coll. ont pour ce faire mené, en CHU à Barcelone, une étude prospective, qui a inclus 117 patients hospitalisés, entre novembre 2007 et novembre 2009, pour poussée de BPCO.

L’exacerbation a été définie par une augmentation de deux des trois symptômes suivants : dyspnée, toux, expectoration purulente, suffisamment sévère pour imposer l’hospitalisation. 

Dans la population étudiée (109 hommes, 8 femmes), âgés de 72 ± 9 ans en moyenne, dont près de 20 % étaient fumeurs, l’IMC moyen était de 25,8 ± 5,4, le volume expiratoire maximal seconde (VEMS) en moyenne de 37,4 ± 12,1 %. Sur un suivi de 1 an, 26 patients (22,2 %) sont décédés, la durée moyenne de survie étant de 339 jours.

En raison de la forte prédominance des hommes dans ce travail (93 %), c’est au-dessous du seuil de 13 g/dl d’Hb qu’a été définie l’anémie, dont la prévalence était de 33 %.

En comparaison des patients ayant survécu au cours de l’année de suivi, ceux décédés à cette date avaient un taux d’Hb moindre (12,4 g/dl, vs 13,8 g/dl chez les survivants ; p = 0,000), et un hématocrite moindre lui aussi (38 % vs 41% ; p = 0,000). Ceux décédés avaient eu aussi plus d’exacerbations de la BPCO au cours de l’année écoulée (3,5 poussées vs 1,5 chez les patients ayant survécu ; p = 0,000), avaient été adressés plus souvent aux urgences (2,6 vs 1,3 ; p = 0,001) et avaient reçu plus de cycles de corticothérapie par voie générale au cours de l’année (3,9 vs 2,2 ; p = 0,019).

Les résultats des épreuves fonctionnelles respiratoires et le statut nutritionnel sont apparus semblables dans les deux groupes, à l’exception de la masse musculaire, significativement plus faible chez les patients décédés en comparaison de ceux ayant survécu (35 % vs 39 % ; p = 0,015), et il en était de même pour l’albuminémie (33 vs 37 mg/dl ; p = 0,039).

En analyse multivariée, deux facteurs ressortent significativement associés au risque de décès : l’anémie (risque relatif [RR] = 5,9 ; intervalle de confiance à 95 % [IC95] : 1,9-19 ; p = 0,003) et le fait d’avoir eu plus d’une exacerbation de la BPCO au cours de l’année écoulée (RR = 5,9 ; IC95 : 1,3-26,5 ; p = 0,021). Au rang des causes de décès, c’est l’insuffisance respiratoire qui prédominait (42,3 % des décès), les autres causes se répartissant notamment entre la fissuration d’un anévrysme de l’aorte thoracique (7,7 %), la survenue d’une pneumopathie, d’une aspergillose invasive, d’une insuffisance cardiaque, d’un infarctus du myocarde, d’une hémorragie digestive basse, d’une mort subite, l’existence d’un cancer du poumon, du rectum ou de l’estomac (3,8 % pour chacune des ces causes).

L’anémie, comorbité et indicateur de mortalité dans diverses pathologies chroniques, semble ici également associée aux poussées de BPCO et prédictive du risque de décès des patients hospitalisés pour exacerbation de cette affection. Le suivi (de 1 an) est cependant de courte durée, certains paramètres n’ont pas été examinés (pression artérielle pulmonaire, tolérance à l’effort) et l’étiologie de l’anémie n’a pas été analysée. Des études complémentaires sont nécessaires pour préciser les liens observés, et l’impact du traitement de l’anémie sur le devenir des patients reste à déterminer.



Dr Julie Perrot


Martinez-Rivera C et coll. : Anemia is a mortality predictor in hospitalized patients for COPD exacerbation. COPD 2012 ; 9 : 243-50. doi : 10.3109/15412555.2011.647131.




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