Le BEH vient de publier les chiffres français du tétanos et ils
sont plutôt rassurants puisque entre 2008 et 2011 « seulement » 36
cas de formes généralisées ont été déclarés (1). S’en sont succédés
11 décès, soit une létalité de 31 % et des incidences annuelles
relatives de 0,05, 0,14, 0,23 et 0,14 par million d’habitants
respectivement en 2008, 2009, 2010 et 2011. Les personnes âgées
étaient principalement concernées (86 % des cas avaient 70 ans et
plus), et les femmes étaient largement majoritaires (3 pour 1
homme). En ce qui concerne les portes d’entrée, il s’agissait
principalement de blessures (66,7 % des cas) et de plaies
chroniques (25 %) ; dans presque 10 % des cas, aucune voie n’était
identifiée. Plus de 8 fois sur 10, l’infection survenait entre
avril et octobre. En France métropolitaine, 19 départements ont
signalé 1 cas, 6 en ont notifié 2 (Alpes Maritimes, Ardèche,
Charente, Creuse, Ile et Vilaine et Meuse) ou 3 (Drome). Dans les
DOM, aucun cas en Guyane, Guadeloupe et
La Réunion, un à Mayotte et La Martinique. Tous les cas avaient
été non ou mal vaccinés.
Une situation qui indique une infection globalement sous
contrôle, mais est-ce le cas partout ? Une publication indienne, ce
même mois de juin 2012, fait froid dans le dos (2). Là bas, on
n’hésite pas à parler de fléau (« scourge ») et on en apporte la
preuve grâce à une étude rétrospective menée par les pédiatres d’un
centre universitaire de New Delhi. Entre janvier 2009 et décembre
2010, 140 enfants ont été admis avec un diagnostic de tétanos, dont
45 cas néonataux et 77 plus tardifs ont été étudiés. Les
délivrances à domicile comptaient pour 86,7 % des cas, effectuées 8
fois sur 10 par des aidants non entraînés. Plus de 90 % des mères
n’étaient pas immunisées. Hors cas néonataux, les infections
étaient principalement de nature otogénique (58,4 %) et
post-traumatiques (23,3 %), d’où on pourrait déduire qu’outre les
mesures de vaccination et d’hygiène habituellement préconisées en
la matière, le traitement rapide des otites suppuratives éviterait
un nombre considérable de catastrophes…
Comme le concluent les auteurs français du BEH, tous ces cas et
décès auraient pu être évités par une meilleure application du
calendrier de vaccination antitétanique et, en cas de plaie, par la
vaccination et l’administration d’immunoglobulines spécifiques
humaines selon le protocole recommandé. Une conclusion qui,
évidemment, pourrait aussi s’appliquer largement à New Delhi. Les
Indiens ont raison, le tétanos est un fléau. Ils auraient pu
ajouter que nous ne sommes décidément pas tous égaux devant
lui.
Dr Jack Breuil
(1)Antona D et coll. : Le tétanos en France entre 2008 et 2011. BEH 2012 ; 26 : 303-306.
(2)Mishra K et coll. : Tetanus –still a scourge in the 21st century: a pediatric hospital-based study in India. Trop Doct. 2012. Publication avancée en ligne le 19 avril 2012.
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