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L’eau riche en arsenic expose au cancer de vessie : un facteur de risque toujours d’actualité !

Publié le 05/07/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

La pathogénie du cancer de vessie relève de plusieurs facteurs carcinogènes, ce qui confirme que des paramètres multiples sont impliqués dans la transformation maligne d’une cellule, et notamment des facteurs génétiques et environnementaux. Parmi ces derniers, le tabac, l’exposition aux amines aromatiques (teintures à l’aniline), aux radiations ionisantes, aux nitrites contenus dans les pesticides, a été bien étudiée ; l’ingestion d’eau riche en arsenic (As) est aussi un élément favorisant le cancer de vessie. Or, l’As est présent dans le sol et associé à de nombreux minerais (cuivre), en particulier dans certaines régions andines volcaniques et arides (Parinacota), où l’exploitation du cuivre (Chuquicamata*) n’a fait qu’augmenter la concentration d’As dans l’eau. Ainsi, au Chili septentrional (Antofagasta), c’est l’ingestion d’eau qui est la source principale de l’arsenicisme, responsable de bien des maux (mélanomes, bronchectasies, infarctus myocardiques et multiples cancers notamment du poumon, du rein et de la vessie).

Des études épidémiologiques ont montré que l’incidence du cancer de vessie dans cette région est supérieure de 6 fois pour les hommes et de 14  fois pour les femmes à celle du reste du Chili, mais la mortalité n’apparaît qu’après 10 à 15 ans d’exposition. Le taux d’arsenic dans l’eau du robinet a été fourni par la compagnie des eaux (Aguas Antofagasta S.A. ®) au cours des 60 dernières années.
Jusqu’à la mise en service de la première usine de traitement des eaux en 1971, la concentration en As de l’eau d’Antofagasta était 17 fois supérieure aux limites recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé ; celles-ci (10 µg/l) ont été rejointes vers 2001. Il n’empêche que, de 2001 à 2006, l’incidence du cancer de vessie a encore été multipliée par 2,7 chez les hommes et 4,4 chez les femmes à Antofagasta par rapport au reste du pays, avec un pic en 2003 de 50 cancers de vessie pour 105 personnes.

Le pic de mortalité par cancer de vessie, lui, a été observé en 1991 (pour les hommes, 26,7/105, vs 4,6/105 pour le reste du Chili) ; pour les femmes, les chiffres les plus élevés datent de 2001 (18,6/105 à Antofagasta vs 2,2/105 dans les autres régions). Le coefficient a donc été de 5,8 pour les hommes et de 8,4 pour les femmes. Malgré une amélioration observée au fil du temps, l’âge de décès par cancer de vessie dans cette région reste significativement abaissé par rapport à celui des autres Chiliens (70 vs 74 ans).

Même 20 ans après le traitement des eaux, l’incidence du cancer de la vessie et la mortalité qui lui est relative restent augmentées.


*C’est la plus grande mine à ciel ouvert du monde.



Dr Jean-Fred Warlin


Fernández MI et coll. : Long-term impact of arsenic in drinking water on bladder cancer health care and mortality rates 20 years after end of exposure. J.Urol. 2012 ; 187 : 856-861.


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