L'influence de l'alimentation sur la pression artérielle (PA)
est établie, mais le rôle de certains nutriments, en particulier
des protéines, reste mal connu. La plupart des études
épidémiologiques montre une relation inverse entre l'apport en
protéines, d'origine végétale ou animale, et les chiffres
tensionnels. Ces résultats tendent à recommander d'augmenter les
apports en protéines chez les sujets hypertendus.
Toutefois, les essais cliniques aboutissent à des résultats
discordants, ils n'ont jamais étudiés l'impact à long terme des
protéines sur la PA. En outre, il y a peu de données chez les
sujets âgés alors que ces derniers sont les plus concernés par
l'hypertension artérielle (HTA), avec une prévalence d'au moins 50
% au delà de 70 ans.
Pour tenter d'éclairer les zones d'ombre sur l'effet des
protéines sur la PA, JM. Hodgson et coll. ont inclus, dans un essai
randomisé, 219 hommes et femmes âgés de 70 à 80 ans, sélectionnés
sur des listes électorales et dont 70 % présentaient une
hypertension artérielle (pression systolique > 140 mm Hg et/ou
prise d'un traitement antihypertenseur). Il était demandé à ces
sujets de consommer, en double aveugle, un produit laitier maigre
supplémenté en protéines végétales (250 ml, 30 g de protéines, 13 g
de glucides, 603 mg de calcium, 48 mg de sodium, 194 kcal ; n = 109
sujets) ou en glucides (250 ml, 42 g de maltodextrine, 2 g de
protéines, 196 kcal, 600 mg de calcium, 33 mg de sodium ; n = 110
sujets). L'analyse de la PA (moyenne de trois mesures automatisées
séparées d'une minute) montre une tendance à la baisse plus
importante dans le "groupe protéines" par rapport au groupe témoin
au bout d'un an (pression systolique :
- 2,3 mmHg, pression diastolique :
- 1,5 mmHg ; p = 0,14 et 0,15 respectivement).
Toutefois, cette différence entre les groupes n'est pas
confirmée à deux ans, que ce soit dans l'analyse en intention de
traiter (tenant compte de tous les volontaires inclus) ou per
protocole (incluant les 181 sujets pour lesquels les données ont
été recueillies en fin d'étude).
En résumé, cet essai ne confirme pas l'intérêt d'augmenter les
apports en protéines végétales, aux dépens des glucides, pour
réduire la PA à long terme des sujets hypertendus. Il est possible
que l'absence d'effet significatif à deux ans s'explique par une
réduction de l'observance des volontaires à consommer le produit
prescrit. Il est donc difficile de conclure sur ce que peut être
l'effet de l'augmentation des apports en protéines dans les
conditions de la vie réelle où les aliments sont choisis en
fonction du goût personnel. Néanmoins, cette étude a le mérite de
freiner la diffusion du message de l'effet bénéfique des protéines
pour réduire le risque cardiovasculaire.
Dr Boris Hansel
Hodgson JM et coll. : Long-term effects of a protein-enriched diet on blood pressure in older women. British Journal of Nutrition 2012 ; 107 : 1664-1672.
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Ne pas jeter le bébé avec...
Le 09 juillet 2012
En fait, si au lieu de s’intéresser aux protéines végétales, l'étude avait été faite avec des protéines de lactosérum, plus particulièrement des beta-lactoglobulines, et spécialement les lactokinines, le rôle "anti-HTA" de ces protéines aurait été mis en évidence. Les peptides bio-actifs sont connus depuis longtemps par une action anti-aldostérone.
Les protéines de lactosérum, aux propriétés multiples, sont connues par les laboratoires de nutrition, par les sportifs mais n'ont pas pénétré le quotidien de la prescription...(Pins, 2006), (Saito, 2008), (Jauhianen, 2007)...etc
Christian Trape
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