L’organisation du dépistage systématique des infections à
Chlamydiae aurait un triple objectif : détecter et traiter les
infections asymptomatiques, limiter la propagation de l’infection
et réduire l’incidence des pathologies inflammatoires pelviennes,
facteur majeur de risque d’infertilité et de grossesses
extra-utérines. Son intérêt est régulièrement l’objet de
publications médicales. Certains pays envisagent en effet de
remplacer le dépistage opportuniste par un dépistage organisé, ou,
comme en Angleterre, encouragent un dépistage annuel pour les moins
de 25 ans et après chaque changement de partenaire. Mais pour le
moment, les preuves manquent de l’intérêt que représente un
dépistage organisé par rapport aux dépistages opportunistes.
Une étude réalisée aux Pays-Bas vient alimenter le débat. Il
s’agit d’un essai contrôlé randomisé incluant plus de 300 000
hommes et femmes âgés de 16 à 29 ans. Entre mars 2008 et février
2011, ils ont été invités annuellement, par courrier postal, à
demander par internet un kit de prélèvement urinaire pour les
hommes et de prélèvement vaginal ou urinaire pour les femmes. En
cas de non réponse sous 4 semaines, un rappel par courrier postal
leur était envoyé, et si un kit était demandé mais non retourné
dans les deux semaine, un rappel était fait par voie électronique.
Le résultat du test était accessible par internet avec un code
d’accès, ou par courrier, et en cas de positivité le traitement
délivré par le médecin généraliste référent ou un centre de
dépistage des maladies sexuellement transmissibles.
La première année, la participation au dépistage est de 16,1 %.
Mais au lieu de s’accroître comme on pouvait l’espérer, elle
diminue d’année en année, passant à 10,8 % après la deuxième
invitation et à 9,5 % après la troisième. Dans le groupe contrôle,
composé de patients dépistés dans le circuit de soins habituel, le
dépistage atteint en moyenne 13 %. Concernant le taux de
positivité, il est de 4,3 % lors du premier test de dépistage
systématique, identique à celui du groupe contrôle et de 4,1 % au
3è cycle d’invitations. Mais seulement 2,8 % des participants
répondront aux 3 invitations. Chez ces derniers, la positivité du
test passe de 6 % au premier test à 3 % au troisième (différence –
3 % ; OR [odds ratio] = 0,49 ; intervalle de confiance à 95 % de
0,47 à 0,50).
Le peu de bénéfice constaté tient essentiellement au faible taux
de participation aux trois cycles. Bien que séduisante en théorie,
l’idée d’un dépistage systématique des infections génitales à
Chlamydiae montre ici ses limites dans la vie courante. Mais si les
auteurs concluent négativement à la question de l’intérêt du
dépistage organisé, il y a fort à parier que le sujet n’est pas
éteint. D’autres type de design organisationnel auraient peut-être
en effet des résultats différents.
Dr Roseline Péluchon
Van den Broek IVF et coll. : Effectiveness of yearly, register based screening for chlamydia in the Netherlands: controlled trial with randomised stepped wedge implementation.
BMJ 2012 ; 345. Publication le 5 juillet 2012. e4316 doi: 10.1136/bmj.e4316.
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