Malgré des progrès considérables dans la compréhension de ses
mécanismes physiopathologiques et dans son traitement, l’occlusion
intestinale aiguë (OIA) demeure pour les chirurgiens un défi
quotidien. Représentant 20 % des urgences abdominales, elle engage
le pronostic vital des malades.
Les auteurs polonais ont eu l’idée de comparer l’histoire
naturelle des OIA maintenant et il y a plus de cent ans dans
le même hôpital de l’université Jagellon de Cracovie, créé en 1799
(donc en zone austro-hongroise). De 1870 à 1898, le service de
chirurgie y était dirigé par Alfred Obalinski (1843-1898).
Très éclectique dans sa pratique (il est l’inventeur d’un
procédé de trépanation encore utilisé aujourd’hui), c’est quand
même l’OIA qui a le plus focalisé son attention, comme l’attestent
ses nombreuses publications dans la Wiener Medizinische Presse de
1884 à 1897, dans lesquelles il insiste sur la distension de
l’intestin d’amont et son péristaltisme exacerbé ; il est aussi
l’un des premiers à préconiser la chirurgie précoce pour lever
l’obstacle. Ses élèves (Rutkowski et Urbanik) ont poursuivi son
œuvre et ce sont leurs travaux, analysant leurs 193 cas de 1868 à
1898, (G1) qui ont été comparés aux 207 cas de 2000-2003 (G2).
Dans le G1, les hommes étaient majoritaires (52 %) et l’âge
moyen de 42 ans ; dans le G2, on note 54 % de femmes et un âge
moyen de 62 ans, ce qui traduit le gain d’espérance de vie entre
les 2 périodes. Le mécanisme a aussi profondément changé : ainsi,
la part des volvulus a-t-elle chuté de 31 à 5 %, alors que celle
des hernies étranglées a progressé de 31 à 55 %. Les invaginations,
diagnostiquées dans 12 % des cas du G1, n’ont jamais été observées
au XXIe siècle, les adhérences ou brides ont peu varié (de 29 à 34
%), mais elles étaient liées à des infections bactériennes jadis et
à des interventions antérieures dans la série récente; la
proportion des obstructions par cancer a triplé en 100 ans (car
survenant souvent à un âge que n’atteignaient pas nos aïeux). La
maladie de Crohn (décrite en 1932) n’affecte évidemment que des
malades du G2, peu nombreux au demeurant (4 cas).
En revanche, le siège des obstacles est resté identique :
environ trois quarts des OIA touchent toujours le grêle et un quart
le côlon.
En conclusion, les étiologies des occlusions sont très
différentes de ce qu’elles étaient il y a cent ans.
Dr Jean-Fred Warlin
DrożdżW et Budzyński P : Change in mechanical bowel obstruction demographic and etiological patterns during the past century. Observations from one healthcare institution.
Arch Surg., 2012; 147: 175-180.
Vous pouvez lire sur un thème proche
:
Copyright © http://www.jim.fr
 |
Vos réactions |