> Accueil JIM > Euthanasie : les leçons de l’expérience néerlandaise

Partenaires Partenaire





ACTUALITE MEDICALE

Euthanasie : les leçons de l’expérience néerlandaise

Publié le 16/07/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Comme le serpent de mer, la question de l’euthanasie resurgit en France périodiquement. Que ce soit à la faveur d’un fait divers tragique, comme l’affaire Vincent Humbert, ou à l’occasion d’une élection nationale comme cela a été le cas récemment. Et il faut nous attendre à ce que le débat soit relancé dans les prochains mois si le gouvernement décide de présenter aux parlementaires un nouveau projet de loi sur la fin de vie comme peuvent le laisser penser certaines déclarations du Président de la république lors de la campagne.

Pour nous aider dans nos réflexions sur la légalisation éventuelle de l’euthanasie ou du suicide assisté, il est utile, loin des a priori religieux ou culturels, de nous pencher sur l’expérience des pays ayant les premiers autorisé ces pratiques. Le Lancet nous en donne l’opportunité en publiant une étude très fouillée sur l’état des lieux aux Pays-Bas, l’un des très rares pays (avec les deux autres membres du Benelux) qui depuis 2002 autorise à la fois l’euthanasie et le suicide assisté.

Bedgie Onwuteaka-Philipsen et coll. ont pu évaluer l’impact de ce changement législatif majeur sur les pratiques des médecins néerlandais en comparant les résultats d’enquêtes nationales conduites avec des méthodologies très proches en 1990, 1995, 2001, 2005 et 2010. Ces études réalisées sur des échantillons représentatifs des décès survenus aux Pays-Bas ont tenté de déterminer par des questionnaires postaux adressés aux médecins des sujets décédés les circonstances dans lesquelles la mort était survenue (les taux de réponse ont oscillés entre 74 et 78 %). Pour toutes ces enquêtes, le ministère de la justice néerlandais avait garanti qu’aucun médecin ne pourrait être poursuivi sur la base des informations transmises aux chercheurs, ce qui renforce la crédibilité des réponses.

Les auteurs ont ainsi pu distinguer parmi les décès, ceux qui avaient été l’aboutissement d’une décision médicale de fin de vie sans demande explicite du patient (en contravention avec les lois néerlandaises qu’elles soient anciennes ou nouvelles), ceux qui avaient suivi une euthanasie ou un suicide assisté (légaux depuis 2002), ceux qui avaient été précédés par des traitements destinés à atténuer les symptômes et les autres.

Pas de flambée d’euthanasie depuis la loi de libéralisation

Le premier enseignement de ce travail est qu’il ne semble pas y avoir eu d’inflation des euthanasies ou des suicides assistés depuis l’entrée en vigueur de la loi. Ainsi le taux d’euthanasie parmi les décès qui était de 2,6 % en 2001, alors que cette pratique n’était pas autorisée, n’était que de 2,8 % en 2010. Dans le même temps le pourcentage de suicides assistés est également resté stable (0,1 % en 2010 comme en 2001). Ces résultats globaux paraissent donc exclure des dérives et un élargissement incontrôlé des « indications » de ces pratiques. Dans le détail, euthanasies et suicides assistés ont concerné le même type de patients avant et après la loi : préférentiellement les sujets de moins de 65 ans (5,6 % des décès en 2010) et nettement plus souvent les malades atteints de cancers évolués (7,6 % des morts en 2010) que les sujets souffrant d’affections cardiovasculaires au stade terminal (0,5 % des morts en 2010). Dans la majorité des cas, euthanasies et suicides assistés ont été pratiqués par les médecins généralistes en dehors du milieu hospitalier. Malgré l’obligation légale de déclarer les euthanasies à des comités ad hoc, seuls 8 euthanasies sur 10 pratiqués depuis la promulgation de la loi le sont effectivement.

Un recours plus fréquent à des traitements palliatifs

Le second enseignement est que les décisions d’euthanasie prises par les médecins sans demande explicite du malade sont devenues exceptionnelles en 2010 (0,2 % contre 0,7 % en 2001).

Le troisième enseignement est que le renforcement des traitements visant à soulager les symptômes survenant en fin de vie (essentiellement par des opiacés et des benzodiazépines) est de plus en plus souvent pratiqué par les médecins néerlandais (36,4 % des décès en 2010 contre 20,1 % en 2001) et que ces modifications de la prise en charge sont décidées après discussion avec le patient dans un tiers des cas. 

Pour tous ces chiffres, qui proviennent des déclarations des médecins ayant eu en charge des sujets décédés, on ne peut bien sûr éliminer des biais de déclaration (surtout pour les périodes ou l’euthanasie n’était pas autorisée formellement). On doit également souligner que l’acception des différents termes utilisés pour qualifier les décisions de fin de vie (euthanasie, soulagement des symptômes, sédation profonde continue) n’était  pas nécessairement la même pour les praticiens répondeurs et les auteurs de l’étude. Ainsi, par exemple, 18 % de ce que les auteurs considèrent comme répondant à la définition d’une euthanasie ne sont qualifiés par les médecins concernés que de soulagements des symptômes.

Malgré ces limites, inhérentes à toute étude sur un tel sujet, il s’agit du travail le plus complet sur la fin de vie dans un pays ayant légalisé l’euthanasie et le suicide assisté. Il devrait éclairer le débat à venir dans notre pays et aider les parlementaires dans leur difficile décision. 



Dr Céline Dupin


Onwuteaka-Philipsen B et coll. : Trends in end-of-life practices before and after the enactment of the euthanasia law in the Netherlands from 1990 to 2010: a repeated cross-sectional survey. Lancet 2012; publication avancée en ligne le 11 juillet 2012 (doi:10.1016/S0140-6736(12)61034-4).


Vous pouvez lire sur un thème proche :


IMPRIMER ENVOYER A UN CONFRERE REAGIR ENREGISTRER DANS MA BIBLIOTHEQUE TAILLE DU TEXTE

Vos réactions