Alors que la prise de parole en situation de crise est une
garantie d’amélioration de la sécurité du patient, les études
montrent que l’infirmier(e) a davantage tendance, dans ce contexte,
à adopter des comportements d’évitement ou d’adaptation. Cette
étude américaine analyse l’intérêt d’une formation à la prise de
parole. Le groupe « contrôle » (n=51) et le groupe « test » (n=53)
sont similaires, à l’exception de l’absence d’hommes dans le groupe
« test ».
La formation débute par une vidéo où les responsables infirmiers
et médicaux de l’hôpital, s’engagent à soutenir les infirmiers dans
leur prise de parole lorsqu’ils estiment que la sécurité du patient
est en danger. Les obstacles organisationnels, implicites ou non, à
la prise de parole sont identifiés au cours d’une discussion. La
liste de ces obstacles est ensuite transmise à l’ensemble des
cadres de santé. Les difficultés de prise de parole apparaissent
essentiellement liées à la mauvaise communication entre infirmier
et médecin, entre infirmiers et entre infirmiers et les autres
personnels hospitaliers. Ensuite, chaque infirmier présente 5 cas
réels, au cours desquels il a été empêché de prendre la parole.
Après discussion interactive des cas, les infirmiers élaborent un
plan d’action sur 2 mois pour améliorer les choses. Après cette
première phase d’intervention d’une durée de 5 à 6 h, les
infirmiers continuent au cours des 2 mois suivants à se réunir en
petits groupes (2 à 3) où ils s’assurent un soutien réciproque.
A terme, les sujets inclus dans l’étude sont soumis à 3
questionnaires, un questionnaire démographique, une mesure de la
prise de parole (Premeaux et Bedeian) et une liste individuelle des
comportements infirmiers (réactions de chaque infirmier face aux
cas présentés au cours de la formation).
Le groupe « test » a un score moyen de prise de parole plus
élevé après la formation (P<0,001) et un score moyen supérieur
pour la liste individuelle de comportements infirmiers
(P<0,0001). Les données montrent que la formation favorise la
perception des capacités des infirmiers à prendre la parole pour
améliorer la sécurité du patient. A la fin de l’étude, les
infirmiers perçoivent beaucoup plus d’options possibles pour réagir
dans les situations critiques. Cette formation offre aux infirmiers
la liberté de discuter des situations de crise et les aident à
développer une prise de parole quand ils estiment la sécurité du
patient en danger. L’implication de la hiérarchie dans cette
démarche est cruciale, de même que l’implication des médecins.
Dr. Estelle Deniaud Boüet
Sayre M.M. et coll. : “An educational intervention to increase « speaking-up” behaviors in nurses and improve patient safety. Journal of Nursing Care Quality, 2012 ; 27 : 154-160.
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