La médecine est un art, dit-on. Ce n’est qu’en partie vrai à
l’ère de l’Evidence Based Medicine. Convenons toutefois
que la prescription d’un médicament se rapproche souvent d’un art,
celui du compromis. Nos confrères d’Outre-Manche en font
l’expérience avec la spironolactone, recommandée par le NICE
(National Institute for Health and Clinical Excellence)
comme premier choix pour le traitement de l’hypertension artérielle
résistante alors que son autorisation dans cette indication est en
suspens depuis 1988 à la suite d’un doute sur un éventuel effet
carcinogène chez l’animal. La recommandation du NICE indique
d’ailleurs que les médecins doivent obtenir le consentement éclairé
de leurs patients avant de prescrire la spironolactone pour une
hypertension résistante.
Les traitements par spironolactone entraînent souvent une
gynécomastie, due aux effets de la molécule sur les récepteurs
androgéniques et de la progestérone. La question se pose depuis
longtemps de la responsabilité éventuelle de la spironolactone dans
le développement de cancers du sein, mais les différents travaux
consacrés à la question n’ont pas jusqu’à présent permis de
conclure.
Une équipe du Royaume-Uni a réalisé une étude rétrospective de
cohorte, incluant plus de 1 million de patientes de plus de 55 ans,
répertoriées entre 1987 et 2010. Pendant le suivi, 29 491 cancers
du sein ont été diagnostiqués. Dans la cohorte entière, 28 032
patientes avaient reçu au moins 2 prescriptions de spironolactone.
L’incidence annuelle du cancer du sein chez ces patientes a été
comparée à celle de 55 961 patientes n’ayant pas reçu de
spironolactone. Il n’existe aucun lien entre la prise de
spironolactine et l’incidence annuelle de cancer du sein (0,39 % vs
0,38 % pour un suivi moyen de 4 ans). L’analyse en sous-groupe ne
permet d’identifier aucun groupe à risque augmenté. Aucun effet
dose-réponse n’est non plus mis en évidence.
Notons que ces données ne s’appliquent qu’aux femmes de plus de
55 ans et ne peuvent être extrapolées aux femmes plus jeunes ou aux
hommes. Les auteurs précisent toutefois que, dans la banque de
données de recherche en médecine générale utilisée pour cette
étude, seuls 2 hommes exposés à la spironolactone ont déclaré un
cancer du sein, rendant peu probable une augmentation du risque
dans cette catégorie de patients.
Dr Roseline Péluchon
Mackenzie IS et coll. : Spironolactone and risk of incident breast cancer in women older than 55 years: retrospective, matched cohort study. BMJ 2012;345:e4447 doi: 10.1136/bmj.e4447
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