On sait que la schizophrénie non traitée augmente le taux de
mortalité, en raison du risque de suicide, ou de mise en danger
imputable à des troubles du comportement pouvant entraîner un
accident. Mais la gestion concrète de cette psychose rappelle la
navigation périlleuse dans le détroit de Messine où l’on n’évitait
l’écueil de Charybde que pour mieux devoir affronter celui de
Scylla ! Archives of General Psychiatry publie ainsi une
étude épidémiologique, réalisée en Finlande et portant sur 2 588
patients hospitalisés dans ce pays entre le 1-01-2000 et le
31-12-2007, en raison d’une schizophrénie. Les auteurs ont cherché
à évaluer l’influence des médicaments appartenant aux trois classes
thérapeutiques les plus communes en psychiatrie (neuroleptiques,
antidépresseurs et anxiolytiques), prescrits seuls ou de manière
associée, sur la mortalité des intéressés, en ajustant bien sûr les
données aux paramètres susceptibles de retentir en la matière
(facteurs sociodémographiques, comorbidités éventuelles, autres
traitements actuels ou dans les antécédents, etc.).
Contre toute attente, on constate que la prescription de
deux ou plusieurs neuroleptiques simultanés n’est pas associée à
une augmentation du risque de mortalité, comparativement à une
monothérapie classique (Hazard Ratio [HR] : 0,86 ; Intervalle de
confiance à 95 % [IC95 %] : 0,51–1,44). Et conformément à leur
effet attendu, le recours aux antidépresseurs s’accompagne d’une «
nette diminution » de la mortalité par suicide (HR : 0,15 ; IC95 %
: 0,03–0,77). En revanche, l’usage de benzodiazépines chez ces
patients est associé à une « augmentation significative »
de leur mortalité générale (HR : 1,91 ; IC95 % : 1,13–3,22),
perceptible tant dans la mortalité non liée à un suicide (HR : 1,60
; IC95 % : 0,86–2,97) que, surtout, dans la mortalité par suicide
(HR : 3,83 ; 1,45–10,12 ; IC 95%). Mais pour dédouaner ces
molécules et leurs prescripteurs, on doit préciser que « 91,4 % des
intéressés » s’étaient débrouillés, en violation flagrante des
recommandations définies, pour acheter et prendre des doses parfois
« 28 fois plus élevées » que la posologie préconisée !
Ce « détail » incite à bien dissocier la théorie et la pratique,
en matière de prescriptions. Les auteurs observent donc que «
l’usage des benzodiazépines comporte un risque de mortalité
chez les schizophrènes » (lié essentiellement à ce mésusage),
contrairement à celui des neuroleptiques ou des antidépresseurs, et
ce constat suggère que la prescription (mal surveillée) de cette
classe de médicaments doit probablement « contribuer à la
mortalité de ces patients » dans les pays (comme les USA) où
l’emploi des benzodiazépines est encore plus important qu’en
Finlande.
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_D%C3%A9pression
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/New_Deal
[3] http://en.wikipedia.org/wiki/Social_realism
Dr Alain Cohen
Tiihonen J et coll.: Polypharmacy with antipsychotics, antidepressants, or benzodiazepines and mortality in schizophrenia. Arch Gen Psychiatry, 2012; 69: 476-483.
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