La ventilation invasive, que ce soit grâce à une sonde
d’intubation ou par une canule de trachéotomie empêche en
général toute communication verbale. Un cas clinique, rapporté par
des médecins d’un hôpital universitaire new –yorkais, illustre dans
ces cas l’intérêt de la lecture labiale.
Un homme de 75 ans, sans domicile fixe et sans famille, a été
admis dans une unité de grands brûlés avec 50 % de la surface
corporelle affectée. Au terme d’un an de traitement, iI persiste
des plaies non guéries, après rejets de multiples greffes cutanées,
ainsi que des lésions rétractiles invalidantes des membres
supérieurs. La poursuite des soins (interventions
chirurgicales lourdes avec un pronostic fonctionnel et vital
réservé) est refusée catégoriquement par le patient. Il est à cette
époque éveillé, en ventilation spontané et cliniquement stable. En
l’absence de traitement actif, l’aggravation de son état oblige le
recours à une ventilation assistée puis à une trachéotomie.
Le malade reste capable de former les mots avec la bouche. Un
problème se pose lorsque le patient réclame un café et des
donuts alors qu’il souffre de troubles sévères de déglutition.
L’équipe souhaite l’avis d’un psychiatre. Celui-ci parvient à
communiquer avec le malade grâce un interprète sourd et muet lisant
sur les lèvres, retranscrivant en langue des signes les paroles
ensuite traduites « en clair » par un second interprète.
Cette procédure, qui peut sembler lourde, a toutefois permis
d’établir que le patient ne pouvait pas comprendre le risque pour
lui de manger. La tâche des cliniciens a ainsi été clarifiée : ne
pas le laisser se nuire et donc ne pas accéder à ce souhait. De
plus, ce moyen de communication a permis de préciser son histoire
de vie et ses ultimes volontés. Après quelques mois de «
conversations » il est décédé de ses blessures et a été enterré
selon le rite catholique dans le tombeau familial de Long
Island.
Pour les auteurs, chez le patient ventilé pouvant former les
mots sur sa bouche, la lecture labiale offre une opportunité
probablement sous utilisée pour préserver la communication.
Dr Béatrice Jourdain
Meltzer E et coll. : Lip-reading and the ventilated patient
Crit Care Med 2012; 40: 1529-1531
Vous pouvez lire sur un thème proche
:
Copyright © http://www.jim.fr
 |
Vos réactions |