Les transfusions sanguines (TS) au bloc ont souvent pour objet
de compenser une perte de sang peropératoire. L’importance de
l’hémorragie qui conduit à la TS est cependant sujette à de grandes
variations.
Il a été difficile de confirmer la corrélation entre TS
excessives et complications chirurgicales, bien que de nombreux
auteurs s’en soient fait l’écho. En effet, 80 % des produits
sanguins administrés au bloc sont destinés à une minorité de
patients à haut risque, par là même exposés à des suites
difficiles. A contrario, la TS type au bloc est représentée par un
culot globulaire unique (CGU) dont il n’était pas prouvé
qu’il eût les mêmes effets délétères.
Les auteurs nord-américains ont travaillé sur une large base de
données, après exclusion des enfants et des traumatisés, en posant
comme hypothèse que les effets adverses des TS étaient
dose-dépendants. Ils ont donc comparé le devenir des opérés
aya
nt reçu un CGU à celui des opérés non ou au contraire massivement
transfusés, dans 173 centres entre 2005 et 2009. Seules les TS
peropératoires ont été prises en compte, et les patients ayant reçu
plus de 4 CGU dans les 2 j précédant ou les 3 j suivant
l’intervention ont été exclus.
Les critères de jugement ont été la morbidité et la mortalité
dans les 30 j postopératoires.
Sur 941 496 opérés (hors chirurgie cardiaque), 48 291 (5,1 %)
ont été transfusés, dont 15 186 par un CGU, et 33 105 par plusieurs
culots.
D’emblée, il apparaît avec une évidence flagrante que la
mortalité et la morbidité augmentent de façon linéaire avec le
nombre de CGU (la mortalité par exemple passant de 0,5 à 6 puis à
42 %selon que l’opéré a reçu 0, 1 ou ≥ 15 CGU). La
comparaison de la morbidité entre les opérés ayant reçu 0 ou 1 CGU
est tout aussi démonstrative : les complications infectieuses sont
multipliées après TS par 3,5, les complications rénales par 4, les
complications pulmonaires, cérébrales ou coronariennes par 5,
etc.
Pour éliminer tout biais, les auteurs ont alors apparié 11 855
patients sans TS avec 11 855 autres ayant reçu un CGU, de même âge,
sexe, poids, etc. Cette comparaison multivariée de ces 2 groupes de
malades, différant seulement par la transfusion d’un CGU, montre
des suites plus graves dans le groupe CGU (mortalité accrue, et
significativement plus de complications septiques, superficielles
et profondes, respiratoires, rénales, et de réinterventions).
Il y a donc lieu de réfléchir avant de proposer une transfusion
peropératoire pour une hypovolémie modérée.
Dr Jean-Fred Warlin
Ferraris VA et coll. : Surgical outcomes and transfusion of minimal amounts of blood in the operating room. Arch Surg., 2012;147: 49-55.
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