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Pourquoi si peu de statines en prévention primaire après 75 ans ?

Publié le 21/07/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

La littérature anglo-saxonne parle de « treatment-risk paradox » pour décrire le fait que les patients les plus à risque sont ceux qui bénéficient le moins des traitements préventifs. Le phénomène est bien décrit en ce qui concerne la prévention secondaire des pathologies cardiovasculaires, notamment pour les prescriptions d’hypocholestérolémiants : certains travaux ont montré que la probabilité de prescription d’un traitement de statine en prévention secondaire diminuait de 6 % pour chaque année d’âge supplémentaire. Des inégalités avérées aussi selon le sexe, puisque les femmes ont moins de chances de se voir prescrire des statines en prévention secondaire alors qu’elles sont plus nombreuses à dépasser les seuils recommandés de cholestérol.

En ce qui concerne la prévention primaire, les choses étaient jusqu’alors moins établies. Une étude transversale vient nous éclairer sur le sujet. Les auteurs ont examiné les dossiers de 41 250 patients âgés de plus de 40 ans suivis par des médecins généralistes. La majorité des patients (36 679 soit 89 %) n’avaient aucun antécédent cardiovasculaire et entraient dans le cadre d’une prévention primaire.

Comme prévu, la pression artérielle moyenne augmente avec l’âge des patients. La prescription d’anti-hypertenseurs augmente aussi, passant de 5 % dans la classe d’âge des 40-44 ans à 57 % chez les plus de 85 ans. Mais les prescriptions de statines ne suivent pas la même progression. Passant de 3 % chez les 40-44 ans à 29 % chez les 70-74 ans, elles diminuent ensuite progressivement. La majorité des patients de plus de 75 ans ont pourtant un risque cardiovasculaire supérieur à 20 %.

Quant aux inégalités selon le sexe, documentées pour la prévention secondaire, elles n’apparaissent pas significatives dans cette étude en ce qui concerne la prévention primaire.

La non prescription de statines chez les patients les plus âgés est-elle ou non justifiée et le « treatment-risk paradox » une faute? Les auteurs admettent qu’il est difficile de trancher. Elle est souvent la conséquence d’un processus décisionnel réfléchi et qui tient compte des comorbidités, de la polymédicamentation de la personne âgée, du déclin cognitif ou du choix personnel du patient. Remarquons toutefois le contraste entre les prescriptions de statines et celles d’anti-hypertenseurs. Il est vrai que l’intérêt des statines au-delà de 80 ans en prévention primaire est encore controversé. Les auteurs préconisent l’élaboration de nouvelles recommandations clarifiant la conduite à tenir pour la prévention primaire chez ces personnes les plus âgées.



Dr Roseline Péluchon


Sheppard JP et coll. : Impact of age and sex on primary preventive treatment for cardiovascular disease in the West Midlands, UK: cross sectional study.
BMJ 2012;345:e4535 doi: 10.1136/bmj.e4535




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