La cystatine C est une protéine de 122 acides aminés impliquée
entre autre dans la modulation du système immunitaire. Elle est
produite de façon constante par les cellules nucléées de
l’organisme, librement filtrée au niveau glomérulaire et
entièrement réabsorbée et dégradée dans le tubule proximal, sans
clairance urinaire. Etant sans rapport avec la masse musculaire, la
concentration plasmatique de la cystatine C ne semble dépendre que
du débit de filtration glomérulaire (DFG). Elle s’est donc
présentée depuis plusieurs années comme un nouveau marqueur
biologique permettant d’évaluer la fonction rénale, en particulier
dans les cas où les formules basées sur la créatinine étaient
limitées, c'est-à-dire dans les situations où le rapport entre le
poids et la masse musculaire est modifié.
Il a déjà été démontré que chez le sujet âgé indemne
d’insuffisance rénale chronique patente, la cystatine C était plus
sensible que la créatinine pour prédire le risque cardiovasculaire
et rénal à long terme. Cependant, les équations utilisant la
cystatine C que l'on a mises au point n’étaient pas plus précises
pour estimer le DFG que les formules utilisant la créatinine. Cette
donnée, le coût plus élevée de ce dosage et sa moindre
disponibilité explique l’utilisation limitée de ce nouveau
marqueur.
D’équation en équation
The Chronic Kidney Disease Epidemiology Collaboration
(CKD-EPI) a mené une étude pour évaluer l’utilité d’une nouvelle
équation utilisant à la fois les concentrations de la créatinine et
de la cystatine C pour évaluer le DFG. Cette formule complexe doit
être adaptée au sexe et aux taux de créatinine et de cystatine C et
tient compte de ces taux, de l'âge et de l'ethnie (blanc ou noir).
Elle peut-être consultée sur le site du New England Journal of
Medicine. Pour le développement de cette équation, cette
équipe s'est servie des données provenant de patients
participant à 13 études (soit 5352 sujets). La formule a ensuite
été évaluée chez 1119 malades participants à 5 études dans
lesquelles le DFG avait été mesuré. La nouvelle équation a été
comparée à une précédente formule du CKD-EPI ne s'appuyant que sur
la cystatine C, et à une équation du CKD-EPI utilisant la
créatinine parue en mai 2009 dans les Annales de Médecine Interne
(Ann Intern Med. 2011;155[6]:408.).
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Tableau 1. Pour le voir cliquez ici
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Les 3 équations ont présenté une différence similaire avec le
DFG mesuré par une méthode de référence (médiane de la différence
entre 3,4 et 3,9 ml/mn/1,73m2 selon les formules) mais
la nouvelle équation s’est avérée plus précise (intervalle
interquartile de la différence entre la valeur mesurée et estimée
de 13,4 ml/mn/1,73m2 pour l’équation
cystatine-créatinine contre respectivement 15,4 et 16,4 pour les
formules créatinine et cystatine seules ).
Y a-t-il une place pour la cystatine C ?
L’étude présente certaines limites : elle ne comprenait pas de
patients dénutris, de transplantés rénaux, ni de malades
appartenant à des minorités ethniques (à l'exception des noirs).
Par ailleurs, la nouvelle équation a été comparée à une équation
récente du CKD-EPI. Bien que jugée supérieure à MDRD
(Modification of the Diet in Renal Disease), il faut
reconnaître que la formule du CKD-EPI n’est pratiquement pas
utilisée en pratique clinique courante, supplantée par le MDRD,
voire souvent par la formule de Cockcroft.
Les auteurs reconnaissent que la cystatine C ne remplacera pas
la créatinine en pratique courante, mais suggèrent que cette
nouvelle formule (très complexe) puisse être utilisée en tant que
test de confirmation pour les patients présentant un DFG estimé
autour du seuil de 60 ml/mn/1,73m2 (entre 45 et 74
ml/mn/1,73m2).
Dr Alexandre Haroche
Inker LA et coll.: Estimating glomerular filtration rate from serum creatinine and cystatin C. N Engl J Med 2012; 367: 20-29.
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