La solidité du squelette n’est pas seulement une affaire de
densité osseuse. La qualité de l’os compte aussi, pour environ 30
%, incluant la structure, le turnover, les microfractures et la
minéralisation du tissu osseux. Les bisphosphonates ont montré
qu’ils amélioraient la densité osseuse, mais ils n’ont pas prouvé
leur efficacité sur la qualité de l’os.
L’ostéocalcine, protéine spécifique vitamine K-dépendante serait
impliquée dans le maintien d’une bonne qualité de la substance
osseuse. Elle doit toutefois être préalablement γ-carboxylée par la
ménatétrénone (VitK2). En l’absence de γ-carboxylation,
l’osétocalcine est dosable dans le sang sous sa forme
non-carboxylée.
Une équipe japonaise a eu l’idée d’évaluer l’efficacité de la
ménatétrénone associée à l’alendronate sur le risque de fractures
de patientes ménopausées atteintes de polyarthrite rhumatoïde. Ces
malades cumulent en effet plusieurs facteurs de risque
d’ostéoporose: la polyarthrite elle-même, les traitements
corticoïdes et la ménopause.
Au total 62 patientes ont été incluses. Elles présentaient
toutes une ostéopénie ou une ostéoporose mais n’étaient pas encore
traitées. Parmi elles, 32 avaient un taux élevé d’ostéocalcine non
carboxylée (>4,5 ng/ml) et ont alors reçu un traitement
associant 35 mg d’alendronate par semaine et 45 mg/jour de VitK2.
Les autres (n=23) avaient un taux normal d’ostéocalcine non
carboxylée (≤ 4,5 ng/ml) et recevaient de l’alendronate seul (35
mg/ semaine). L’efficacité clinique du traitement a été évaluée au
bout d’un an.
Pendant cette année de suivi, seule 1 patiente du groupe
traitement combiné a présenté une fracture vertébrale et du col du
fémur, contre 3 patientes de l’autre groupe, deux fractures
vertébrales et un du col fémoral. Cette faible incidence rend le
résultat non statistiquement significatif.
Sans preuve formelle au niveau clinique, il est alors tentant de
se pencher sur les modifications survenues sur les marqueurs
biologiques. La densité minérale osseuse au niveau du rachis
lombaire a augmenté significativement dans les deux groupes, de
14,6 % dans le groupe traitement combiné et de 10,1 % dans l’autre
groupe, alors que le changement n’est significatif au col fémoral
que pour le groupe traitement combiné. Au niveau sérique, le
traitement combiné est aussi associé à une normalisation des taux
d’ostéocalcine non carboxylée et l’examen des marqueurs du
métabolisme osseux montre que si ce dernier est diminué dans les
deux groupes, il l’est plus significativement dans le groupe
combiné. Des essais de plus grande ampleur sont attendus avec
intérêt.
Dr Roseline Péluchon
Suzuki K et coll. : Clinical results of alendronate monotherapy and combined therapy with menatetrenone (VitK2) in postmenopausal RA patients.
Mod Rheumatol., 2012; publication avancée en ligne le 13 juin. DOI 10.1007/s10165-012-0678-x
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