Si le DSM[1] a bouleversé de fond en comble l’héritage
nosographique des aliénistes européens (enrichi surtout par les
contributions des psychiatres Français et Allemands), certains
diagnostics « classiques » de nos devanciers retrouvent parfois les
faveurs de nos contemporains qui voient en somme, dans ces notions
éprouvées, le même intérêt que les agronomes pour des légumes
oubliés : une force de la tradition, pour contrecarrer l’étiolement
possible de la modernité.
C’est le cas de la bouffée délirante (en français dans le texte
!) présentée par deux psychiatres exerçant en Australie comme un «
concept nosologique français » se rapportant à un type de
« psychose aiguë non affective au pronostic particulièrement
favorable. » Les auteurs déplorent qu’« en dehors de la
littérature francophone », on ne dispose guère d’informations
sur cette pathologie désormais méconnue, mais qu’ils souhaitent
donc faire (re)découvrir à leurs lecteurs de l’hémisphère
austral.
Malgré la variabilité des critères selon les époques et
les nosographies, ce type de « psychose aiguë non affective et
de pronostic favorable » est depuis longtemps tenue pour une
réalité clinique, bien qu’une « part importante des cas »
ne semble pas être « utilement reconnue » en recourant aux
deux seuls systèmes de classification les plus courants, à savoir
le DSM-4[1] et la CIM-10[2]. Des recherches approfondies sont
nécessaires, estiment les auteurs, pour « élucider la
validité » du concept de bouffée délirante, en particulier en
termes de frontières et de rapports avec d’autres troubles
nosographiques, comme la schizophrénie et les troubles apparentés
(schizophrenia spectrum disor¬ders).
Il est surtout réconfortant de constater que l’œuvre classique
des aliénistes français conserve encore des zélateurs dans la
langue de Shakespeare, et jusque sous les latitudes australes…
[1]
http://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux
[2]
http://fr.wikipedia.org/wiki/Classification_internationale_des_maladies
Dr Alain Cohen
Rich M et Sujeeve S: Bouffée délirante and contemporary psychiatric nosology. Aust N Zealand J Psychiatry, 2012 ; 46 : 482–483.
Copyright © http://www.jim.fr
 |
Vos réactions |
Les effets ont des causes
Le 23 juillet 2012
Quand la psychiatrie anglo saxonne sera sortie de sa longue "bouffée délirante" comportementaliste, "athéorique" et statistico-centrée, peut être se rendra t'elle compte que les effets ont des causes; c'est un bon début.
Dr Y. Darlas
Psychoses aigues...
Le 24 juillet 2012
N'oublions pas que la CIM et le DSM proposent le trouble psychotique aigu et transitoire... ne soyons pas si manichéens !
Il n'empêche que très peu de recherche est faite à ce sujet.
Il faudrait également souligner l'apport de la classification de Karl Leonhard, et le concept de Psychose Cycloïde, dont la sémiologie est plus spécifique que la BDA (mais se recoupe évidemment), permettant ainsi une prédiction plus fiable.
Sébastien Weibel
Réagir à cet article