Une nouvelle étude (J.M. Garbutt et coll. JAMA 2012) vient
conforter l’attitude préconisée par les autorités sanitaires
américaines et européennes concernant l’inutilité de la
prescription d’antibiotiques dans le cadre des infections
rhino-sinusiennes aiguës non compliquées.
Les patients ne décrivent pas d’amélioration significative des
signes cliniques ou de la durée d’évolution quand un antibiotique,
en l’occurrence l’amoxicilline sur une durée de 10 jours, est
ajouté au simple traitement symptomatique associant antalgiques,
antipyrétiques et décongestionnants.
En accord avec les recommandations d’un panel d’experts du
Center of Diseases Control and Prevention, l’étude a
inclus 162 patients, vus en consultation de ville par leur médecin
traitant, présentant des signes cliniques (douleurs et pesanteur
faciale, rhinorrhée purulente évoluant entre 7 et 28 jours)
évocateurs de sinusite. Les patients présentant des signes de
sinusite chronique ou de sinusite compliquée (otite ou infection
bronchopulmonaire) étaient exclus pour bénéficier d’un traitement
adapté.
L’évaluation principale était réalisée à J0, J3, J7, J10 et J28
grâce à un questionnaire spécifique mesurant l’altération de
qualité de vie induite par les troubles rhinologiques (Sinonasal
Outcome Test-16 : SNOT-16). Les critères secondaires étaient : la
récidive des troubles, la consommation de médicaments à visée
symptomatique et le nombre de journées de travail manquées.
Les résultats sont sans appel. Si à J3 et J7 les patients
bénéficiant du traitement antibiotique décrivent certes une
diminution significative des symptômes par rapport au groupe
placebo, mais avec une variation si faible (-0,19 point de
différence entre les deux groupes à J7) que sa signification
clinique est plus que douteuse, dès J10 et jusqu’à J28 plus aucune
différence n’est retrouvée entre les deux groupes pour tous les
critères d’évaluation.
On soulignera également qu’à J10, environ 80 % des patients des
deux groupes se déclarent fortement soulagés ou guéris de leurs
symptômes rhinologiques confirmant que la rhino-sinusite aiguë,
souvent d’origine virale, a bien une forte tendance spontanée à la
guérison.
Les auteurs préconisent donc une attitude de type « watchful
waiting», avec la prescription d’un simple traitement
symptomatique, face à cette situation de consultation courante qui
constituerait aux États-Unis environ 1/5 de toutes les
prescriptions, manifestement injustifiées, d’antibiotiques.
Ils espèrent également que ce travail de recherche pourra être
utilisé par tous les praticiens, face à des patients souvent très
demandeurs, comme explication du refus de proposer en première
intention la prescription d’un antibiotique pour une pathologie qui
ne le justifie pas. Et que ceci pourra éviter à terme le risque
d’émergence de résistances bactériennes.
Dr Alain Londero
Garbutt JM et al.Amoxicillin for acute rhinosinusitis: a randomized controlled trial. JAMA 2012 ; 307 : 685-92.
Copyright © Len medical, OPA pratique, mars 2012
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Vos réactions |
Oser faire de l'EBM
Le 31 juillet 2012
Pourquoi etre aussi précautionneux dans le rapport de cet article : je cite "mais avec une variation si faible (-0,19 point de différence entre les deux groupes à J7) que sa signification clinique est plus que douteuse" oser dire simplement: résultat non significatif au lieu de plus que douteux!
"a bien une forte tendance spontanée à la guérison."
pourquoi une forte tendance? Osez dire guérit spontanément!
Pourquoi quand les sujets vont à l'encontre des idées reçues vous avez tant de mal à dire les choses clairement alors que lorqu'elles vont dans leur sens vous les appuyé sans problème. Osez faire de L'evidence base medecine si les resultats sont non significatifs c'est donc qu'il le sont, si vous emettez un doute expliquez nous pourquoi (nombre de patients insuffisants, biais dans l'étude...)
Merci pour vos article et l'épluchage de la presse scientifique mais faite le jusqu'au bout.
Dr Claire Gallon
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