Les professionnels de santé qui prennent en charge les patients
souffrant d’un déficit intellectuel (DI) ont souvent l’impression
que ceux-ci sont victimes d’un vieillissement précoce. Mais qu’en
est-il objectivement ?
Huit cent quarante-huit patients de 50 ans et plus, en
collectivité, indépendants ou en famille, ont été recrutés dans 3
services hollandais spécialisés dans le handicap ; 51 % étaient des
hommes, 31 % avaient 65 ans et plus, 18 % 70 ans et plus. Les
critères CHS (Cardiovascular Health Study) ont été
utilisés pour définir la fragilité (3 et plus) et la vulnérabilité
(1 ou 2), à savoir : la perte de poids (MNA), la force
d’agrippement (dynamométrie), la vitesse de marche confortable (3
parcours de 5 m), l’activité physique (podomètre sur 14 jours), la
limitation de l’endurance et l’épuisement (échelle anxiété,
dépression, humeur). Les sujets pour lesquels 3 critères ont pu
être évalués ont été inclus, l’analyse de tous les items n’ayant
pas été possible chez l’ensemble des participants.
La cause du DI était inconnue dans 673 cas ; une trisomie 21
était présente chez 14 % des patients. 74 participants étaient
déments, dont 47 des patients trisomiques. Le niveau du DI allait
de léger chez 26 % à profond chez 22 %. Quatorze pour cent des
sujets nécessitaient une aide à la marche et 13 % se déplaçaient en
fauteuil roulant. Vingt-sept pour cent des sujets de l’ensemble de
la population ont été classés en « robustes », 60 % en vulnérables
et 13 % en fragiles. Les fragiles représentaient 11 % des 50-64
ans, 18 % des 65 ans et plus, et 21 % des 70 ans et plus.
Parallèlement, la part des patients dits « robustes » baissait à 13
% chez les plus de 70 ans. Quatre pour cent des sujets ont présenté
une perte de poids, 53 % une diminution de la force d’agrippement,
17 % un épuisement, 33 % un ralentissement de la marche et 60 % une
limitation de l’activité physique. Des associations significatives
ont été mises en évidence avec la démence, la sévérité du DI, le
type de prise en charge. Un lien statistique a été retrouvé entre
trisomie 21 et vulnérabilité. Le handicap moteur a été associé à la
fragilité (risque multiplié par 9,8) ainsi que l’âge (risque 1,7
fois supérieur chez les 65 ans et plus).
La prévalence de la fragilité chez les sujets de 65 ans et plus
souffrant de DI (18 %) est 2 fois supérieure à celle de la
population générale où elle apparaît principalement après 75 ans.
Les observations manquantes limitent la portée de l’étude : les
exclus pour ce motif étant les plus handicapés, la prévalence de la
fragilité est donc vraisemblablement sous-estimée. La population de
l’étude n’était en outre pas complétement représentative des
patients DI de plus de 50 ans.
La gradation déficience motrice, perte musculaire, sarcopénie
pourrait constituer le lien entre DI et fragilité. La valeur
prédictive des critères de fragilité par rapport aux pathologies et
à la dépendance doit être étudiée.
Dr Anne Bourdieu
Evenhuis HE et coll. : Frailty and disability in older adults with intellectual disabilities: results from the healthy ageing and intellectual disability study. J Am Geriatr Soc., 60: 934-938, 2012
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