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Interaction clopidogrel, IPP et cytochrome P450, quel impact clinique ?

Publié le 27/07/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Le clopidogrel, antiplaquettaire largement prescrit avec de l’aspirine après un accident coronaire ou un accident vasculaire cérébral, est une prodrogue. Ce qui signifie qu’il doit être métabolisé pour atteindre sa forme active et cette conversion se fait par l’intermédiaire du cytochrome P450 2C19. Seulement voilà, le clopidogrel  et l’aspirine sont souvent prescrits avec un inhibiteur de la pompe à protons (IPP) qui lui-même inhibe cet enzyme. Mais la question à se poser est de savoir si l’interaction pharmacocinétique entre les deux médicaments, démontrée par des mesures de l’agrégation plaquettaire, a un réel impact clinique. Et à cette question, les réponses sont pour le moment contradictoires.

Pour alimenter le dossier, le British Medical Journal publie une étude réalisée au Royaume-Uni et incluant 24 471 patients recevant à la fois clopidogrel et aspirine. La moitié d’entre eux recevaient aussi un IPP.

En analyse traditionnelle de cohorte, le risque d’infarctus du myocarde ou de toutes causes de mortalité est supérieur chez les patients associant un IPP à leur traitement de clopidogrel et aspirine (Hazard Ratio 1,37 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,27 à 1,48). Mais curieusement, une association est retrouvée aussi avec les décès de causes non vasculaires, et avec la prise de traitements n’interagissant pas théoriquement avec le métabolisme du clopidogrel (dont notamment ranitidine ou citalopram), suggérant que la différence observée entre les utilisateurs d’IPP et les non-utilisateurs est liée à des différences entre les patients plutôt qu’à une réelle association causale.

Les auteurs ont alors entrepris une étude de séries de cas, au motif de limiter le risque de biais de sélection et de confusion. Ils ne retrouvent plus alors de lien entre la prise d’un IPP et la survenue d’infarctus du myocarde pendant la durée du traitement d’IPP (0,75 ; 0,55 à 1,01), ce qui confirme selon eux le rôle des facteurs confondants dans leur premier constat.

Il se peut que l’interaction constatée expérimentalement n’ait pas de traduction clinique significative, comme l’affirment les auteurs de ce travail. Ne perdons pas de vue toutefois que les études observationnelles comme les études de séries de cas, sont descriptives et n’autorisent pas à établir un lien formel de cause à effet. Nous attendrons des études plus structurées avant de conclure définitivement.



Dr Roseline Péluchon


Douglas IJ et coll. : Clopidogrel and interaction with proton pump inhibitors: comparison between cohort and within person study designs. BMJ 2012;345:e4388 doi: 10.1136/bmj.e4388.


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