Le poids des arguments plaidant pour les effets indésirables du
bisphénol A (BPA), effets perturbateurs endocriniens notamment, va
croissant. C’est cette fois au lien entre exposition
environnementale au BPA et devenir de la fécondation in vitro (FIV)
que se sont intéressés des auteurs d’Harvard et des Centers for
Disease Control and Prevention d’Atlanta, plus précisément à
la relation entre la concentration urinaire de BPA, prise comme
indicateur d’exposition, et l’échec d’implantation.
L’étude, prospective, a porté sur une cohorte de 137 femmes,
suivies au Massachusets General Hospital Fertility Center (Boston),
enrôlées entre novembre 2004 et avril 2010, âgées de 18 à 45 ans,
ayant eu une FIV avec ovocytes propres. Les concentrations
urinaires de BPA ont été déterminées sur échantillons, et l’échec
d’implantation a été défini par un taux sérique de ß-HCG inférieur
à 6 UI/l 17 jours après prélèvement d’ovocytes.
Dans la population d’étude, âgée en moyenne de 35,8 ans, la
cause de l’infertilité était féminine dans près d’un tiers des cas,
l’infertilité était le fait de l’homme dans un tiers des cas, et
restait inexpliquée dans les autres cas.
Chez ces 137 femmes, sur 180 cycles FIV et 325 échantillons
d’urines recueillis, les concentrations de BPA étaient comparables
à celles observée en population générale aux États-Unis chez les
participants au National Health and Nutrition Examination Survey
(NHANES). La moyenne géométrique des concentrations urinaires de
BPA était de 1,53 ± 2,22 µg/l, et 42 % des cycles se sont soldés
par un échec implantatoire.
Après ajustements sur l’âge et le jour du transfert d’embryons,
l’analyse associe aux quartiles les plus hauts de concentrations de
BPA un risque accru d’échec d’implantation. En comparaison du
quartile le plus bas, les odds ratios pour le risque de cet échec
allaient croissant avec les concentrations de BPA, du deuxième au
quatrième quartile, en comparaison du premier, de 1,02 (intervalle
de confiance à 95 % 0,35-2,95), à 160 (0,70-3,78) et 2,11
(0,84-5,31) (p pour la tendance = 0,06). L’ajustement poussé en
outre sur le protocole FIV a atténué l’association, celle-ci
gardant le profil d’une relation dose-réponse linéaire.
Cette étude est la première selon les auteurs à apporter des
données humaines sur la relation entre exposition environnementale
au bisphénol A et échec d’implantation. Ses résultats préliminaires
suggèrent, chez les femmes traitées par FIV, une association
dose-réponse linéaire positive entre ces deux paramètres d’intérêt.
À suivre.
Dr Julie Perrot
Ehrlich S et coll. : Urinary bisphenol A concentration and implantation failure among women undergoing in vitro fertilization. Environ Health Perspect., 2012 ; 120 : 978-83.
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