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L’E coli entéro-hémorragique au-delà des idées reçues

Publié le 02/08/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

C’était en mai 2011, rappelez-vous. Une épidémie d’infections à Escherichia coli entéro-hémorragique démarrait en Allemagne. Le concombre espagnol s’était vu affublé du qualificatif de « légume tueur », avant d’être complètement innocenté et que soient finalement incriminées des graines de fénugrec en provenance d’Egypte. En Allemagne, 3 842 personnes furent infectées et 855 développèrent un syndrome hémolytique et urémique (SHU).

Une équipe allemande fait aujourd’hui le point sur les différentes stratégies thérapeutiques alors mises en œuvre pour lutter contre le syndrome hémolytique et urémique à E. coli entéro-hémorragique O104:H4. L’étude est multicentrique, menée sur les données recueillies dans 23 hôpitaux du nord de l’Allemagne dans lesquels ont été pris en charge 298 adultes victimes de SHU.

Autant le dire tout de suite, le constat établi bouscule quelques idées reçues.

Sur l’intérêt de la plasmaphérèse d’abord, classiquement recommandée pour les patients atteints du syndrome hémolytique et urémique, avec manifestations neurologiques ou atteinte rénale sévère, parfois même présentée comme la « pierre angulaire » du traitement. Elle ne fait pas ici la preuve de son intérêt, qu’elle soit associée ou non à une corticothérapie. L’initiation de la plasmaphérèse (en moyenne à J 6-8) est bien suivie d’une augmentation du taux des plaquettes et d’une diminution de celui du lactate déshydrogénase. Mais à ce stade, ces modifications pourraient faire partie de l’évolution naturelle de la maladie, puisqu’elles sont constatées aussi chez les patients non traités par plasmaphérèse. D’autant que les centres qui ont réalisé des plasmaphérèses réduites (3 à 5 séances) obtiennent les mêmes résultats que ceux qui l’ont poursuivie jusqu’à ce que le taux de plaquettes dépasse 100/nL.

Une autre théorie battue en brèche par cette étude est celle qui écarte l’utilisation des antibiotiques pour le traitement de l’infection à E.coli entérohémorragique au motif que l’antibiothérapie favoriserait un largage massif de shiga-toxines au moment de la mort bactérienne. Un seul centre a utilisé des antibiotiques, en traitement intensif, pour 52 patients. Au moins deux antibiotiques ont été administrés (méropénème et ciprofloxacine), voire trois pour certains patients (rifaximine). Aucun de ces malades n’a développé de choc toxique, aucun n’a nécessité d’intervention chirurgicale  et l’éradication d'E.coli a eu lieu 8 jours plus tôt chez ces patients que dans les autres centres, avec une diminution des taux de convulsions (2 % vs 15 % ; p= 0,03) et de mortalité (0 % vs 5 % ; p = 0,029).

Enfin, 67 patients ont été traités au titre d’un protocole compassionnel par l’éculizumab, un anticorps monoclonal dirigé contre la fraction C5 du complément. Ce traitement ne semble apporter aucun bénéfice à court terme.

Cette analyse rétrospective ne peut évidemment pas remplacer une étude randomisée, qui était difficile à mettre en place au moment des faits, étant donné la brièveté de l’épidémie (de la fin du mois de mai à juillet). Elle met toutefois en relief la nécessité d’investigations randomisées, notamment sur l’intérêt  de l’antibiothérapie, investigations qui pourraient éventuellement être menées avec d’autres souches d’E. coli entéro-hémorragiques.



Dr Roseline Péluchon


Menne J et coll. : Validation of treatment strategies for enterohaemorrhagic Escherichia coli O104:H4 induced haemolytic uraemic syndrome: case-control study.
BMJ 2012;345:e4565
http://www.bmj.com/content/345/bmj.e4565.pdf%2Bhtml


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