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Où le tabagisme mène au déclin….cognitif

Publié le 02/08/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

L’inflation actuelle des pathologies neurodégénératives (« 36 millions de personnes atteintes dans le monde en 2010, avec un doublement probable tous les 20 ans, selon le World Alzheimer Report ») impose des efforts pour réduire l’influence de tout contexte de prédisposition, même modeste. Réalisée conjointement par des équipes britanniques et françaises [1] entre 1985 et 2009, et portant sur des données recueillies au cours de 9 phases d’examens cliniques et de tests d’évaluations cognitives sur plus de 7 000 participants (5 099 hommes et 2 137 femmes) âgés en moyenne de 56 ans [44–69ans] lors de la première évaluation, une étude prospective se propose d’apprécier le rôle possible du tabagisme comme facteur associé au déclin cognitif.

Les conclusions de cette enquête mettent à nouveau le tabac en accusation, cette fois dans un autre domaine que ses impacts classiques (affections broncho-pulmonaires et cardiovasculaires). En effet, comparativement aux sujets n’ayant jamais fumé, un « déclin cognitif plus rapide » est observé chez les fumeurs de sexe masculin, en matière de cognition globale, où les performances diminuent en moyenne de 9 % (-0,09 ; intervalle de  confiance à 95 % [IC95] : -0,15 à -0,03) et de fonctions exécutives [2] (-8%, soit -0,08 ; IC95 : -0,14 à -0,02). Globalement, on constate que le tabac multiplie le risque de déclin cognitif par un facteur de l’ordre de 1,2 à 1,5. Toutefois, cette différence significative entre fumeurs et non-fumeurs tend à s’estomper avec l’ancienneté du sevrage effectif du tabac et, à long terme, le risque de déclin cognitif reste comparable chez les non-fumeurs et les anciens fumeurs, éloignés du tabac depuis longtemps (c’est-à-dire depuis plus de 10 ans).

On peut s’interroger sur la signification de ce phénomène : suggère-t-il l’existence d’une plasticité éventuelle des supports organiques (substance grise, substance blanche, facteurs métaboliques, neurohormones…) impliqués dans le fonctionnement cognitif ? D’autre part, cette incidence péjorative du tabagisme sur le déclin cognitif frappe surtout les hommes et semble épargner les femmes pour lesquelles ce risque « ne varie pas en fonction du statut tabagique. » Ce qui soulève aussi une question : cette moindre vulnérabilité féminine est-elle liée surtout à des facteurs spécifiquement biologiques (hormones, comorbidités…), ou plutôt d’ordre sociologique, dans la mesure où les modalités (intensité, ancienneté…) du tabagisme des femmes n’auraient pas encore –tristement– rivalisé avec celui des hommes ?

[1] Département d’épidémiologie et de santé publique, University College de Londres, et INSERM (Paris et Villejuif).
[2] http://www.med.univ-rennes1.fr/sisrai/dico/R449.html


 



Dr Alain Cohen


Sabia S et coll. : Impact of smoking on cognitive decline in early old age. Arch Gen Psychiatry, 2012; 69: 627-635.




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