L’inflation actuelle des pathologies neurodégénératives («
36 millions de personnes atteintes dans le monde en 2010, avec
un doublement probable tous les 20 ans, selon le World Alzheimer
Report ») impose des efforts pour réduire l’influence de tout
contexte de prédisposition, même modeste. Réalisée conjointement
par des équipes britanniques et françaises [1] entre 1985 et 2009,
et portant sur des données recueillies au cours de 9 phases
d’examens cliniques et de tests d’évaluations cognitives sur plus
de 7 000 participants (5 099 hommes et 2 137 femmes) âgés en
moyenne de 56 ans [44–69ans] lors de la première évaluation, une
étude prospective se propose d’apprécier le rôle possible du
tabagisme comme facteur associé au déclin cognitif.
Les conclusions de cette enquête mettent à nouveau le tabac en
accusation, cette fois dans un autre domaine que ses impacts
classiques (affections broncho-pulmonaires et cardiovasculaires).
En effet, comparativement aux sujets n’ayant jamais fumé, un «
déclin cognitif plus rapide » est observé chez les fumeurs
de sexe masculin, en matière de cognition globale, où les
performances diminuent en moyenne de 9 % (-0,09 ; intervalle
de confiance à 95 % [IC95] : -0,15 à -0,03) et de fonctions
exécutives [2] (-8%, soit -0,08 ; IC95 : -0,14 à -0,02).
Globalement, on constate que le tabac multiplie le risque de déclin
cognitif par un facteur de l’ordre de 1,2 à 1,5. Toutefois, cette
différence significative entre fumeurs et non-fumeurs tend à
s’estomper avec l’ancienneté du sevrage effectif du tabac et, à
long terme, le risque de déclin cognitif reste comparable chez les
non-fumeurs et les anciens fumeurs, éloignés du tabac depuis
longtemps (c’est-à-dire depuis plus de 10 ans).
On peut s’interroger sur la signification de ce phénomène :
suggère-t-il l’existence d’une plasticité éventuelle des supports
organiques (substance grise, substance blanche, facteurs
métaboliques, neurohormones…) impliqués dans le fonctionnement
cognitif ? D’autre part, cette incidence péjorative du tabagisme
sur le déclin cognitif frappe surtout les hommes et semble épargner
les femmes pour lesquelles ce risque « ne varie pas en fonction
du statut tabagique. » Ce qui soulève aussi une question :
cette moindre vulnérabilité féminine est-elle liée surtout à des
facteurs spécifiquement biologiques (hormones, comorbidités…), ou
plutôt d’ordre sociologique, dans la mesure où les modalités
(intensité, ancienneté…) du tabagisme des femmes n’auraient pas
encore –tristement– rivalisé avec celui des hommes ?
[1] Département d’épidémiologie et de santé publique, University
College de Londres, et INSERM (Paris et Villejuif).
[2] http://www.med.univ-rennes1.fr/sisrai/dico/R449.html
Dr Alain Cohen
Sabia S et coll. : Impact of smoking on cognitive decline in early old age. Arch Gen Psychiatry, 2012; 69: 627-635.
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