Des travaux récents ont proposé l’hyperuricémie et la goutte
comme nouveaux marqueurs du risque de diabète, mais peu ont
concerné les 18-30 ans. Or ceux-ci sont une cible potentielle
importante susceptible de bénéficier d’interventions sur le mode de
vie. Des auteurs de l’université de Stanford se sont donc attachés
à évaluer prospectivement chez les adultes jeunes, la relation
entre hyperuricémie et risque d’insulinorésistance, d’altération de
la glycémie à jeun et de diabète incidents.
E Krishnan et coll ont pour ce faire analysé les données de près
de 15 années de suivi de plus de 5 000 sujets inclus dans l’étude
CARDIA (Coronary artery risk development in young adults study),
mise en œuvre aux États-Unis en 1985-1986, sous l’égide du
National Heart, Lung, and Blood Institute.
L’étude a porté sur 5 012 sujets, indemnes de diabète à
l’inclusion, examinés en cinq vagues de suivi, de 1987-1988 (an 2)
à 2000-2001 (an 15).
Dans cette population d’étude (45,6 % d’hommes), âgée de 24,8 ±
3,6 ans en moyenne à l’enrôlement, comptant 43,1 % de fumeurs, dont
l’IMC moyen était de 24,4 ± 4,8 Kg/m², la prévalence de l’obésité
(IMC ≥ 30) étant de 12 %, 115 des participants (2,3 %) sont décédés
au cours du suivi et 1 285 (25,6 %) ont été perdus de vue.
L’analyse a pris en compte de nombreux facteurs confondants
potentiels (notamment l’âge, le sexe, l’ethnie, les antécédents
familiaux de diabète, la pression artérielle diastolique, le
tabagisme, la consommation d’alcool, l’activité physique, l’IMC, la
créatininémie, la cholestérolémie totale).
Elle associe aux taux sériques d’acide urique dépassant 7 mg/dl,
en comparaison de ceux inférieurs ou égaux à 7 mg/dl : un risque de
diabète (glycémie à jeun ≥ 126 mg/dl) accru de près de 90 % (ratio
de risque = 1,87 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,33-2,62) ; un
risque d’insulinorésistance (indice HOMA-IR ≥ 75e percentile) accru
de 36 % (1,36 ; 1,23-1,51) ; un risque d’altération de la glycémie
à jeun (≥ 110 mg/dl et < 126 mg/dl) accru de 25 % (1,25 ;
1,04-1,52).
À l’augmentation de 1 mg/dl de l’uricémie étaient associés des
ratios de risque de 1,23 (1,08-1,39) de diabète, de 1,26
(1,20-1,31) d’insulinorésistance et de 1,21 (1,11-1,32)
d’altération de la glycémie à jeun.
Cette étude est, d’après ses auteurs, la première à avoir
évalué, de façon prospective, sur un suivi à long terme, chez les
18-30 ans non diabétiques, le lien entre hyperuricémie et risque de
diabète incident et d’autres altérations métaboliques. Elle
associe, en population adulte jeune, à l’hyperuricémie,
indépendamment de l’IMC et de nombre d’autres facteurs potentiels
de confusion, un risque accru de diabète, d’insulinorésistance et
d’altération de la glycémie à jeun, les mécanismes qui sous-tendent
ces résultats restant à éclaircir.
Dr Julie Perrot
Krishnan E et coll. : Hyperuricemia in young adults and risk of insulinoresistance, prediabetes, and diabetes: A 15-year follow-up study. Am J Epidemiol 2012 ; 176: 108-16.
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