Clérambault, Lacan… Les plus grands noms de la psychiatrie se
sont intéressés au thème de l’illusion d’un « amour sans
retour. » Et comme le rappelle la rubrique ‘‘Art et images en
psychiatrie’’ d’Archives of General Psychiatry, ce thème
du « mal d’amour » (lovesickness) a toujours inspiré, mais
la terminologie pour parler des amours pathologiques a changé au
fil du temps : « mélancolie érotique », « paranoïa
érotique », « illusions auto-érotiques », «
érotomanie »…
Si la « mélancolie (à connotation) érotique » n’est pas à
proprement parler une catégorie de maladie mentale, rappelle
l’auteur, l’érotomanie en constitue une. Ce trouble psychiatrique
consiste en une « croyance délirante d’être aimé » par un tiers,
généralement d’un statut social plus élevé que le sien. Il se
décline en une « forme primaire » (érotomanie pure) et une forme «
secondaire » (s’intégrant à un contexte psychiatrique plus large,
comme une psychose ou un trouble bipolaire). Limitée à la phase
maniaque d’un trouble bipolaire, la maladie est sensible au
traitement médicamenteux. Mais son pronostic est mauvais quand elle
est associée à la schizophrénie. Ses conséquences médico-légales
peuvent se révéler dramatiques, comme le montre l’exemple
historique de John W Hinckley Jr[1] qui tenta (en 1981)
d’assassiner le président Ronald Reagan, afin d’impressionner
favorablement (!) l’actrice Jodie Foster dont il était maladivement
amoureux. Espérant ainsi « gagner son respect et son amour
», il décrivit plus tard son geste fou comme « la plus grande
offrande faite au monde par amour. »
Quant au premier traité sur l’amour pathologique, ce fut celui
du médecin agenais Jacques Ferrand (au début du XVIIème siècle[2]
), intitulé Traité de l’essence et de la guérison de l’amour ou de
la Mélancolie érotique[3]. Parmi les solutions proposées alors par
l’auteur, figuraient notamment « la distraction, la diffamation
de l’être aimé, les traitements médicamenteux et les rapports
sexuels. » On pourrait qualifier cette dernière méthode de
traitement… du mal par le mal !
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Warnock_Hinckley_Jr
[2] L’auteur de l’article évoque la date de 1645, mais
d’autres sources indiquent « publié à Toulouse en1610 » et «
seconde édition de 1623. »
[3]
http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx1973x007x004/HSMx1973x007x004x0303.pdf
Dr Alain Cohen
James C. Harris : Lovesickness. Arch Gen Psychiatry, 2012; 69: 549.
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Vos réactions |
Ne pas confondre...
Le 07 août 2012
Ne pas confondre l'érotomanie bien définie ici et les possibilités étonnantes de certains hommes capables de multiplier les actes sexuels jusque 8 par jour.
J'en ai vu trois incommodés surtout leur épouses ; et, chez l'un d'eux, je soupçonne une capacité olfactive fort différente du commun des mortels.
Dr Jean Doremieux
8 coïts/jour en permanence ?
Le 15 août 2012
Pendant combien de jours ces 8 coïts/jour ?
En permanence ?
F. Sahli
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