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Des diagnostics de paludisme par excès, en Asie centrale aussi

Publié le 03/08/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Dans le Nord et l’Est de l’Afghanistan sévit encore le paludisme. La transmission est saisonnière, limitée à la fois par l’altitude et les températures hivernales et le paludisme n’est certes pas la première cause de fièvre dans cette région. C’est toutefois l’une des étiologies à évoquer devant un tableau fébrile. Et c’est là tout le problème.

De nombreux travaux ont en effet révélé que dans les zones d’endémie du paludisme, en Afrique notamment, le risque de « surdiagnostic » est grand et peut coûter cher, au sens propre en termes de traitements anti-paludéens dispensés et au sens figuré en occultant d’autres causes de fièvre justifiant des traitements spécifiques. La situation est moins bien définie en Asie du Sud ou en Asie centrale et pour cette partie du globe, c’est en Afghanistan qu’une équipe a choisi d’évaluer la justesse des diagnostics de paludisme et de leur traitement.

Trois modes de diagnostics étaient évalués, le diagnostic purement clinique, le diagnostic par examen au microscope dans des centres équipés depuis plus de 5 ans et le diagnostic par microscope dans des centres nouvellement équipés. Des frottis sanguins et gouttes épaisses  étaient réalisés chez les patients consultant pour une fièvre et envoyés dans un centre de référence à Kaboul, en première lecture pour les centres non équipés de microscopes, en deuxième lecture, voire en troisième lecture en cas de résultats contradictoires, pour les centres équipés. Dans ces centres, d’autres lames étaient réalisées et examinées sur place pour le diagnostic immédiat.

Dans les centres où seul le diagnostic clinique était possible, 413 patients sur les 414 inclus avaient une lame de référence négative. Pourtant 412 d’entre eux (99 %) avaient reçu un traitement anti-paludéen et 47 seulement (11 %) un antibiotique. Dans les centres de soin nouvellement équipés d’un microscope, 37 % des patients négatifs avaient reçu un traitement anti-paludéen et 60 % un antibiotique, alors que dans les centres où l’usage du microscope était plus ancien, 50,8 % des patients négatifs avaient reçu un traitement anti-paludéen et 27 % un antibiotique. La confiance des médecins dans les résultats des examens au microscope est pour le moins limitée, puisque malgré une réponse négative à l’examen immédiat fait dans les centres de santé, 20 à 30 % des patients recevaient quand même un traitement anti-paludéen.

Avec une telle proportion de patients traités, il n’est pas étonnant de constater que 94 % des sujets dont la lame est positive avaient reçu un anti-paludéen. Mais il n’y a pas lieu d’être totalement « satisfait », puisque si en Afghanistan 80 à 90 % des cas de paludisme sont dus au P. vivax, il en reste 10 à 20 % à P.falciparum. Et parmi les infections liées à ce dernier, seulement 1 sur 6 a été reconnue et traitée comme tel.

Les auteurs concluent que dans cette zone où l’incidence du paludisme est beaucoup moins importante qu’en Afrique, les surdiagnostics et les surtraitements sont tout de même très nombreux, avec un risque élevé de laisser évoluer une pathologie infectieuse nécessitant une prise en charge différente et posant un sérieux problème de santé publique. Ils plaident pour l’élaboration de recommandations qui permettraient d’améliorer le diagnostic des affections fébriles et préciseraient la marche à suivre pour le traitement des patients dont le diagnostic sur lame est négatif.



Dr Roseline Péluchon


Leslie T et coll. : Overdiagnosis and mistreatment of malaria among febrile patients at primary healthcare level in Afghanistan: observational study. BMJ 2012; 345:e4389 doi: 10.1136/bmj.e4389.




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