Une étude ayant récemment suggéré un lien entre syndrome
d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) et occlusion veineuse
rétinienne (OVR), des auteurs taïwanais ont cherché à en savoir
plus sur la relation entre ces deux affections, en évaluant à long
terme le lien entre SAOS et risque d’OVR.
KT Chou et coll. ont examiné rétrospectivement les données
intéressant 35 634 sujets de la Taiwan National Health Insurance
Research Database, identifié 5 965 nouveaux cas de SAOS, survenus
entre janvier 1997 et décembre 2007, et comparé le risque d’OVR
chez ces cas à celui de 29 669 sujets indemnes des SAOS, pris comme
témoins, appariés aux cas pour l’âge, le sexe et les
comorbidités.
Dans cette population d’étude, où les cas (62,38 % d’hommes)
étaient âgés en moyenne de 45,22 ± 17,62 ans et les témoins (62,33
% d’hommes) de 45,15 ± 17,88 ans, l’incidence des occlusions
veineuses rétiniennes s’est avérée significativement plus élevée
dans la cohorte SAOS que dans celle des témoins. Sur un suivi moyen
de 3,72 ± 2,42 années, 52 OVR (0,15 %) ont été recensées. Parmi ces
OVR, 13 ont été observées dans la cohorte SAOS (0,22 %), toutes
étant des occlusions d’une branche rétinienne, et 39 dans la
cohorte témoin (0,13 % ; p = 0,048), les occlusions touchant
des branches veineuses rétiniennes et la veine centrale de la
rétine.
Après ajustements sur les comorbidités (HTA, diabète,
hyperlipidémie, maladie coronarienne, AVC, glaucome, néphropathie
chronique, BPCO, troubles du rythme cardiaque, notamment),
l’analyse associe, indépendamment, au risque d’occlusion veineuse
rétinienne incidente plusieurs facteurs : l’avancée en âge (ratio
de risque = 1,04 IC à 95 % 1,02-1,06 ; p < 0,001), l’existence
d’une HTA (3,16 ; 1,48-6,73 : p = 0,003), d’un glaucome (5,30 ;
2,80-10,00 ; p < 0,001), et celle d’un SAOS (1,94 ; 1,03-3,65 ;
p = 0,041).
Cette vaste étude, menée à Taiwan, à l’échelle nationale (qui
n’a cependant pris en compte ni l’IMC ni le tabagisme, ces
informations n’étant pas disponibles), suggère que le SAOS pourrait
être un facteur de risque ultérieur de thrombose veineuse
rétinienne. Les résultats nécessitent confirmation, aussi en
populations autres qu’asiatiques, les mécanismes qui sous-tendent
la tendance thrombogène observée (liés à l’hypoxie, à l’hypercapnie
nocturnes ? à l’inflammation ? autres ?) restent à éclaircir, et
l’impact du traitement par pression positive continue sur le risque
de RVO reste à évaluer.
Dr Julie Perrot
Chou K-T et coll. : Sleep apnea and risk of retinal vein occlusion: A nationwide population-based study of Taiwanese. Am J Ophthalmol 2012 ; 154 : 200-5.(doi:10.1016/j.ajo.2012.01.011).
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