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Un patient sur cinq réhospitalisé dans les 30 jours après un infarctus

Publié le 05/08/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Chaque année, approximativement, 785 000 Américains sont victimes d’un infarctus du myocarde aigu (IMA). Avec l'amélioration des traitements, la survie intra- hospitalière s'est considérablement améliorée au fil des années. Toutefois, après la sortie, les réhospitalisations précoces, avant le 30e jour, restent fréquentes, représentant, en elles même, un critère de qualité des soins.

A ce propos, une étude rétrospective a été menée par S M Dunlay et collaborateurs afin de préciser la fréquence, les causes et les facteurs associés à une réhospitalisation dans les 30 jours suivant un premier IMA. Elle a été réalisée dans le comté d'Olmsted (Minnesota) dont la population était de 144 248 personnes en 2010 et qui ne dispose que de 3 hôpitaux, permettant ainsi un recueil quasi exhaustif des IMA survenus entre 1987 et 2010. Toutes les nécroses myocardiques ont été analysées, suivant la présence ou non d'un sus décalage du segment ST, de l'indice Killip servant à l'appréciation du degré d'insuffisance cardiaque et des comorbidités. Le nombre de coronarographies effectuées, de gestes de reperfusion (fibrinolyse, coronaroplastie percutanée [PIC]) et de revascularisation par pontage veineux aorto-coronarien [CABG]) a été colligé ainsi que celui de leurs complications éventuelles. Tous les patients ayant nécessité une réhospitalisation avant le 30e jour ont été inclus dans la cohorte, ceux décédés en cours d'hospitalisation étant exclus de l'étude. Pour chacun, l'analyse de la cause précise de réhospitalisation a constitué le but principal de ce travail rétrospectif.

Pas de variation du taux de réhospitalisation en treize ans

Trois mille dix patients, victimes d’un premier IMA entre 1987 et 2010 ont pu quitter l'hôpital après l'admission initiale. Durant ces 13 ans, la survie intra hospitalière s'est considérablement améliorée, passant de 89 % entre 1987-1992 à 95,8 % entre 2005-2010 (p < 0,001). L'âge moyen des malades était de 67 ans ; 40,5 % étaient de sexe féminin ; 31 % présentaient un IMA avec sus décalage du segment ST, ce pourcentage ayant tendance à baisser au fil des années, de 39,1 % entre 1987-1992 à 24,8 % entre 2005-2010. A l'inverse, le nombre de patients avec une comorbidité sévère (hypertension artérielle, dyslipidémie, obésité, broncho pneumopathie obstructive, anémie) n'a cessé de croître entre 1987 et 2010. Durant la période étudiée, le nombre de coronarographies et/ou de gestes de reperfusion ou de revascularisation s'est également accru. Dans l'ensemble, 439 patients n'ont eu qu'une coronarographie, 1 541 une PCI, 282 un CABG et 261 une fibrinolyse. A noter que 150 patients avec PCI (10,3 %) ont eu une complication iatrogène, essentiellement de type vasculaire ou hémorragique.

Point essentiel de l'étude, il y a eu 643 ré hospitalisations dans les 30 jours, concernant 561 patients du collectif (18,6 %), la plupart d'entre eux (484/561) ne nécessitant qu'une seule ré hospitalisation. Dix-neuf décès ont été à déplorer. Ce taux n’a varié que très modestement au fil des années, passant de 23,2 % entre 1987-1992 à 18,9 % pour la période 2005-2010. Globalement, 42,6 % des réhospitalisations ont été la conséquence de l'IMA ou des traitements mis en œuvre lors de l'hospitalisation initiale ; pour 30,2 % la cause était autre, extra cardiaque et, dans 27,2 % des cas, le lien de causalité est resté imprécis, le motif de ré admission le plus fréquemment retrouvé étant alors la survenue de douleurs thoraciques atypiques. Durant la réhospitalisation, 23,8 % des patients ont eu une coronarographie et 16 % un geste de revascularisation, geste qui, dans un peu moins de la moitié des cas (44,7 %) n'avait pas été réalisé lors de l’hospitalisation initiale.

Un groupe à risque

Une comorbidité notable, un stade III ou IV de la classification de Killip, une durée prolongée d'hospitalisation initiale ou encore une complication iatrogène due au traitement de reperfusion ou de revascularisation sont apparus comme des facteurs de risque indépendants de réhospitalisation précoce. Ainsi, 35,3 % des patients dont la coronarographie de départ s'était compliquée ont nécessité une réhospitalisation dans les 30 jours. Ils ont été également 31,6 % parmi ceux dont le geste de reperfusion avait posé problème vs 16,5 % de ré hospitalisations pour ceux dont la procédure interventionnelle s'était déroulée sans incident.

En résumé, cette étude rétrospective, sur 13 ans, d'une cohorte communautaire, révèle qu'un patient sur cinq nécessite une réhospitalisation dans les 30 jours suivant un IMA, 42,6 % d' entre elles étant liées à la maladie coronarienne ou aux traitements mis en œuvre initialement. Cette incidence n'a guère beaucoup diminué durant les 13 années de l'étude. Les conclusions de ce travail rejoignent celles de travaux antérieurs, dont celui de Jencks qui rapportait 19,6 % de ré hospitalisations après IMA et celui de Joynt qui notait, chez des patients bénéficiaires du Medicare 24,8 % de ré hospitalisations pour des sujets de race noire et 22,6 % pour ceux de race blanche. Elle met en exergue le rôle des comorbidités et des complications des gestes interventionnels initiaux, recoupant le travail de Curtis dans lequel un patient réhospitalisé sur quatre après PCI l'était du fait d'une pathologie iatrogène liée au geste interventionnel.

Une conclusion semble devoir s'imposer. Les patients avec une comorbidité notable ou avec une complication vasculaire ou hémorragique, un accident vasculaire ou une insuffisance rénale post thérapeutique représentent une population à risque particulièrement élevé de ré hospitalisations et requièrent un suivi extra hospitalier très attentif. C'est à ce prix que le nombre de réhospitalisations précoces, dont le coût économique est considérable, pourra être durablement réduit.



Dr Pierre Margent


Dunlay S M et coll. : Thirty-Day Rehospitalizations after Acute Myocardial Infarction. A cohort study. Ann Intern Med 2012; 157,11-18.


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