Les anticorps monoclonaux anti-TNF (anti-Tumor Necrosis Factor)
ont révolutionné le traitement des rhumatismes inflammatoires.
Cependant l’immunogénicité de ces anticorps pose problème ; la
synthèse par le malade d’anticorps dirigés contre ces médicaments
étant susceptible d’entraîner une réduction des concentrations
sanguines et une diminution d’efficacité de ces biothérapies. Afin
d’en savoir plus sur le développement de tels anticorps
anti-médicament, des auteurs madrilènes ont évalué l’impact
clinique des anticorps dirigés contre l’infliximab (IFX) chez les
patients atteints de spondylarthropathie (SpA) traités de façon
prolongée, ainsi que l’effet sur la production d’anticorps anti-IFX
de l’administration concomitante de méthotrexate.
L’étude conduite à cet effet a porté sur 94 patients traités par
IFX de 1999 à 2010. L’activité de la spondylarthropathie et son
amélioration ont été évaluées par score ASDAS (Ankylosing
Spondylitis Disease Activity Score), la maladie étant cotée
inactive (score ASDAS < 1,3), à activité modérée (≥ 1,3 et <
2,1), active (≥ 2,1 et ≤ 3,5), et très active (> 3,5). Cette
évaluation clinique a eu lieu à 6, 12 mois, puis à un terme
dépassant 4 ans, accompagnée du dosage sérique des anticorps
anti-IFX (ATI), sur une durée moyenne de 6,99 ans (intervalle de
confiance à 95 % [IC95] de 6,28-7,7 ans).
Dans la population d’étude (56,4 % d’hommes), âgée de 50 ± 11
ans en moyenne, naïve de toute biothérapie avant l’inclusion, 50
des 94 patients avaient une spondylarthrite ankylosante, 12 une SpA
indifférenciée, 22 une SpA psoriasique, 10 une SpA associée à une
maladie inflammatoire intestinale, et 50 % des patients ont reçu un
traitement concomitant par méthotrexate. La maladie était active
chez tous. Par ailleurs, le score ASDAS moyen était à l’inclusion
de 3,08 ± 1,31, sans différence significative alors notée entre
patients ayant ultérieurement développé des ATI et ceux n’ayant pas
synthétisé d’ATI.
Des ATI ont été détectés chez 24 patients (25,5 %), apparus dans
la plupart des cas au bout d’une durée médiane de traitement de 44
semaines (24-55 semaines), les ATI ayant été détectés au cours de
la première année de traitement par IFX chez 71 % des patients, au
cours la deuxième année chez 12,5 %.
Les scores ASDAS se sont avérés plus élevés chez les patient
ayant des ATI que chez ceux n’ayant pas développé d’anticorps
contre l’IFX : de 2,55 ± 0,89 à 6 mois vs 1,79 ± 1,04 (p = 0,038),
de 1,95 ± 0,67 à 1 an vs 1,67 ± 0,71 (p = 0,042) ; et de 2,52 ±
0,99 au-delà de 4 ans vs 1,53 ± 0,81 (p = 0,024).
Parmi les 11 patients (12 % de la population d’étude) ayant
développé des ATI, 8 (73 %) ont eu des réactions au traitement,
avec des titres d’ATI alors accrus [ p = 0,028] et leur survie
était moindre (4,25 ans vs 8,19 ans ; p < 0,0011).
Tous les résultats observés se sont avérés plus fréquents encore
en l’absence de traitement conjoint par méthotrexate (34,5 % vs
11,1 % ; p = 0,011).
C’est une dégradation de la réponse clinique au traitement qui
est observée dans ce travail chez les patients ayant développé des
anticorps anti-infliximab, ainsi qu’une incidence accrue d’effets
indésirables et d’interruption du traitement (28,7 % des 94
patients inclus). C’est aussi l’utilité du traitement combinant IFX
et méthotrexate qui est notée, pour éviter le développement des ATI
et ses effets délétères.
Dr Julie Perrot
Plasencia C et coll. : Influence of immunogenicity on the efficacy of long-term treatment of spondyloarthritis with infliximab. Ann Rheum Dis, publication en ligne 7 mai 2012 (doi : 10.1136/annrheumdis-2011-200828).
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