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Quelle influence culturelle sur le diagnostic psychiatrique ?

Publié le 06/08/2012 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Réagir à l'article Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Voici un thème de recherche épidémiologique qui ne serait pas « politiquement correct » en France où le recueil et l’exploitation d’informations sur la « race » des individus sont interdits, puisque le titre original de cette étude –réalisée aux États-Unis– est : « Influence de la race et de l’appartenance ethnique sur l’évaluation clinique » (de patients souffrant de troubles affectifs). Si le concept de race s’avère nébuleux et controversé, il n’en reste pas moins que les hommes présentent une incontestable diversité génétique et culturelle, susceptible d’influencer leur vulnérabilité pour certaines maladies : « L’admirable nature a voulu que ce que les hommes ont de commun fût essentiel, et ce qu’ils ont de différent peu de choses : il est vrai que ce qu’ils ont de différent change beaucoup ce qu’ils ont de semblable » disait Rivarol. Reconnaître cette évidente diversité humaine n’est donc nullement assimilable à une démarche raciste qui consisterait à opérer une hiérarchie et des discriminations condamnables entre des personnes ou des groupes ethniques.

Le propos des auteurs est de déterminer si les sujets d’origine afro-américaine « continuent d’afficher des taux significativement plus élevés de schizophrénie », après ajustement des autres facteurs (âge, sexe, revenus, niveau d’éducation…) et si le diagnostic de « trouble affectif grave » (serious affective disorder) par un spécialiste est influencé par sa connaissance préalable de l’appartenance ethnique des intéressés.

Visant aussi à établir si un même constat épidémiologique concerne les sujets latino-américains, cette étude porte sur 241 sujets Afro-Américains (âgés en moyenne de 34,3 ans, dont 57 % de femmes), 149 Latino-Américains (âgés en moyenne de 33,5 ans, dont 58 % de femmes) et 220 « Blancs non Latinos » (âgés en moyenne de 32,7 ans, dont 53 % de femmes).

Les auteurs confirment l’existence d’un « effet significatif du critère ethnicité/race (χ2[1] = 10,4 ; p = 0,01) sur l’incidence et la « sévérité des troubles psychotiques » (le fait d’appartenir à la communauté Afro-Américaine multipliant presque par 3 le risque de schizophrénie : odds ratio = 2,7 ; intervalle de confiance à 95 % de 1,5–5,1), mais non sur celles des troubles bipolaires (manic and depressive symptoms) dont « la sévérité globale ne diffère pas de façon significative chez les Afro-Américains et chez les Blancs. » Bien que cette recherche ait a priori écarté le rôle de certains critères sociologiques comme le lieu de résidence ou le niveau socio-économique, il demeure toutefois difficile d’arbitrer avec certitude entre l’implication de facteurs strictement génétique ou d’ordre psychosocial, pouvant d’ailleurs interférer : comorbidités, habitudes alimentaires, addictions électives, etc.

[1] http://alea.fr.eu.org/git/doc_khi2.git/blob_plain/HEAD:/khi2.pdf



Dr Alain Cohen


Gara MA et coll. : Influence of patient race and ethnicity on clinical assessment in patients with affective disorders. Arch Gen Psychiatry 2012 ; 69 (6) : 593–600.


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