Voici un thème de recherche épidémiologique qui ne serait pas «
politiquement correct » en France où le recueil et l’exploitation
d’informations sur la « race » des individus sont interdits,
puisque le titre original de cette étude –réalisée aux États-Unis–
est : « Influence de la race et de l’appartenance ethnique sur
l’évaluation clinique » (de patients souffrant de troubles
affectifs). Si le concept de race s’avère nébuleux et controversé,
il n’en reste pas moins que les hommes présentent une incontestable
diversité génétique et culturelle, susceptible d’influencer leur
vulnérabilité pour certaines maladies : « L’admirable nature a
voulu que ce que les hommes ont de commun fût essentiel, et ce
qu’ils ont de différent peu de choses : il est vrai que ce qu’ils
ont de différent change beaucoup ce qu’ils ont de semblable »
disait Rivarol. Reconnaître cette évidente diversité humaine n’est
donc nullement assimilable à une démarche raciste qui consisterait
à opérer une hiérarchie et des discriminations condamnables entre
des personnes ou des groupes ethniques.
Le propos des auteurs est de déterminer si les sujets d’origine
afro-américaine « continuent d’afficher des taux
significativement plus élevés de schizophrénie », après
ajustement des autres facteurs (âge, sexe, revenus, niveau
d’éducation…) et si le diagnostic de « trouble affectif
grave » (serious affective disorder) par un spécialiste est
influencé par sa connaissance préalable de l’appartenance ethnique
des intéressés.
Visant aussi à établir si un même constat épidémiologique
concerne les sujets latino-américains, cette étude porte sur 241
sujets Afro-Américains (âgés en moyenne de 34,3 ans, dont 57 % de
femmes), 149 Latino-Américains (âgés en moyenne de 33,5 ans, dont
58 % de femmes) et 220 « Blancs non Latinos » (âgés en moyenne de
32,7 ans, dont 53 % de femmes).
Les auteurs confirment l’existence d’un « effet significatif
du critère ethnicité/race (χ2[1] = 10,4 ; p = 0,01) sur l’incidence
et la « sévérité des troubles psychotiques » (le fait
d’appartenir à la communauté Afro-Américaine multipliant presque
par 3 le risque de schizophrénie : odds ratio = 2,7 ; intervalle de
confiance à 95 % de 1,5–5,1), mais non sur celles des troubles
bipolaires (manic and depressive symptoms) dont « la sévérité
globale ne diffère pas de façon significative chez les
Afro-Américains et chez les Blancs. » Bien que cette recherche
ait a priori écarté le rôle de certains critères sociologiques
comme le lieu de résidence ou le niveau socio-économique, il
demeure toutefois difficile d’arbitrer avec certitude entre
l’implication de facteurs strictement génétique ou d’ordre
psychosocial, pouvant d’ailleurs interférer : comorbidités,
habitudes alimentaires, addictions électives, etc.
[1]
http://alea.fr.eu.org/git/doc_khi2.git/blob_plain/HEAD:/khi2.pdf
Dr Alain Cohen
Gara MA et coll. : Influence of patient race and ethnicity on clinical assessment in patients with affective disorders. Arch Gen Psychiatry 2012 ; 69 (6) : 593–600.
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