Une dysfonction rénale aiguë complique fréquemment la
transplantation pulmonaire ; elle survient dans 25 % à 62 % des cas
sans que l’on en connaisse précisément la physiopathologie malgré
les nombreuses hypothèses proposées pour l’expliquer.
Chez 5 % à 16 % des transplantés pulmonaires, l’atteinte
rénale est suffisamment sévère pour nécessiter secondairement une
thérapeutique de substitution de la fonction rénale. Mais quelle
que soit sa gravité, la dysfonction rénale aiguë s’associe, sans
qu’on en connaisse la raison, à une augmentation significative de
la morbidité, mais aussi de la mortalité qu’elle peut multiplier
par 4.
Il faut enfin rappeler que l’insuffisance rénale chronique est
particulièrement fréquente chez les transplantés pulmonaires
puisqu’elle peut toucher 90 % de cette population ; elle risque de
s’aggraver au cours de l’évolution obligeant à recourir à une
thérapeutique de substitution de la fonction rénale.
Ceci étant posé, TJ. George et coll. ont repris ce problème à
travers la plus importante série de transplantations pulmonaires
jamais publiée. En effet, leur étude a analysé rétrospectivement
les données des 12 108 patients qui ont bénéficié d’une
transplantation pulmonaire au sein de l’United Network for Organ
Sharing entre 2001 et 2011 ; ils ont été stratifiés en fonction de
la valeur de leur fonction rénale préopératoire évaluée par
la formule MDRD (Modification of Diet in Renal Disease formula) :
> 90, 60 à 90 et < 60 ml/min-1/1.73m-2. La
transplantation pulmonaire a été suivie d’une thérapeutique de
substitution de la fonction rénale chez 655 patients, soit 5,51
%.
Comparés aux transplantés restés indemnes de cette complication,
les transplantés qui ont été atteints de dysfonction rénale aiguë
post-transplantation ont eu une survie significativement moindre :
76,0 % versus 96,7 % (p < 0,001) au 30e jour ; 35,8 % versus
85,5 % (p < 0,001) à un an et 20,0 % versus 56,4 % (p <
0,001) à 5 ans.
En analyse multivariée, ces différences ont persisté tout au long
de l’évolution : au 30e jour (hazard ratio [HR] = 7,98 [6, 16 à
10,33] ; p < 0,001), à 1 an (HR = 7,93 [6,84 à 9 19] ; p <
0,001) et à 5 ans (HR = 5,39 [4,75 à 6,11] ; p < 0,001).
L’état de la fonction rénale préopératoire était un facteur
prédictif important de la nécessité ultérieure d’une thérapeutique
de substitution de la fonction rénale : pour un débit de filtration
compris entre 60 et 90, l’odds ratio [OR] était de 1,42 [1,16 à
1,75] (p = 0,001), et pour un débit de filtration < 60, l’OR
était de 2,68 [2,07 à 3,46] (p < 0,001).
En conclusion, la survenue d’une dysfonction rénale aiguë dans les
suites d’une transplantation pulmonaire est responsable d’un
recours à une thérapeutique de substitution de la fonction rénale
dans 5,51 % des cas, ce qui augmente de façon drastique la
mortalité à court et long terme. Entre autres variables, la valeur
de la fonction rénale préopératoire peut permettre de prédire la
nécessité d’un recours ultérieur à une thérapeutique de
substitution de la fonction rénale. De ce fait, elle pourrait être
utilisée pour identifier ceux des transplantés pulmonaires qui y
sont le plus exposés.
Dr Robert Haïat
George TJ et coll. : Acute kidney injury increases mortality after lung transplantation. Ann Thorac Surg 2012 ; 94 : 185–92.
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