La Réunion, juillet 2012. Un arrêté du député-maire de Saint Leu
est repris par l’AFP : la chasse au requin bouledogue est désormais
autorisée par tous les moyens, de jour comme de nuit, sur le
territoire maritime de la commune qui rachètera leurs prises aux
pêcheurs. Une décision qui survient une semaine après la mort d’un
surfeur attaqué par un des ces prédateurs, et qui est justifiée par
« la recrudescence des attaques mortelles et mutilantes des requins
bouledogue sur les usagers du rivage de l’ouest de la réunion
depuis 2011 ». Force est de constater, effectivement, que 7
attaques de requins, dont 3 mortelles, ont été enregistrées contre
des surfeurs sur l’île depuis le début de l’année, et que le requin
bouledogue est suspecté d’en être le principal responsable…
Les Réunionnais vont donc (peut-être) partir à la chasse, et
fournir la mairie en requins. Pour en faire quoi, puisque la
commercialisation de ces bestiaux est interdite ? Ceux qui
imagineraient un grand banquet municipal se trompent lourdement. Il
n’en sera pas question, car le requin bouledogue est aussi
dangereux par une autre caractéristique, celle d’être vecteur
potentiel de ciguatera. Une intoxication alimentaire due à la
présence possible dans sa chair de l’une des plus puissantes toxine
marine connue, avec une dose létale 50 de 0,33 mug/kg en injection
péritonéale à la souris. Une neurotoxine habituellement responsable
chez l’homme de nausées, vomissements et symptômes neurologiques
divers (comme des picotements des doigts et orteils ou une
inversion des sensations thermiques) survenant de 10 minutes à 24
heure après ingestion de l’aliment contaminé et pouvant persister
de quelques jours à plusieurs années.
Les Réunionnais ne consommeront donc pas leurs requins
bouledogue, qui ne sont d’ailleurs pas les seuls vecteurs de
ciguatera. Une publication, réalisée sur les marchés de Nouméa
l’année dernière (Toxicon, novembre 2011), dressait même une liste
des animaux localement les plus dangereux : mérous, certains
maquereaux, vivaneaux, barracudas, empereurs ou labres… Le
problème, c’est que la ciguatera semble gagner chaque jour de
terrain et ne plus seulement être exotique. Eurosurveillance, en
juin dernier, en signalait une épidémie familiale à Ténérife, îles
Canaries ; des cas survenus après consommation de sériole achetée
au marché du coin, et alors que deux autres épisodes épidémiques
avaient déjà été signalés cette année. Et encore pire, si l’on peut
dire, à la lecture d’un titre d’un article du J Travel Med qui
laisse soupçonner que l’infection sévirait jusque dans le port de
Hambourg (Allemagne). Pas tout à fait, en réalité, puisque les
marins concernés avaient consommé des poissons congelés, conservés
au froid après avoir été péchés deux semaines plus tôt au Caraïbes.
La ciguatera n’a pas encore atteint nos rivages européens, mais
elle n’en est peut-être plus très loin….
NB : nouvelle attaque de requin signalée à la Réunion le
dimanche 5 août 2012.
Dr Jack Breuil
Schlaich C et coll. : Outbreak of Ciguatera fisch poisoning on a cargo ship in the port of Hamburg. Journal of Travel Medicine 2012 ; 19(4) : 238-242.
Nunez D et coll. : Outbreak of ciguatera food poisoning by consumption of Amberjack (Seriola spp) in the Canary Islands, mai 2012 Eurosurveillance 2012 ; 17 (23), 07 june 2012.
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Vos réactions |
Une sottise absolue !
Le 08 août 2012
Cette affaire de chasse au requins après qu'un imprudent se soit mis lui-même dans la position d'une proie pour les squales révèle une forme de crétinisme récurrent.. D'abord parce qu'il s'agit d'une mesure de nature psychologique qui ne résoudra pas le problème de ceux qui se mettent eux-mêmes en danger ; et que les "punitions" envers les squales ont peu de chance de les "convaincre"... La seule bonne raison de tuer des squales serait de les consommer et comme ce n'est ni légal ni possible au plan sanitaire cette décision est d'une sottise absolue
Dr J-F Huet
Les requins et leurs risques pour l'homme
Le 13 août 2012
Mise au point sur les requins et leurs risques pour l'homme.
http://www.astrium.com/Requins.html
Court, compact, très intéressant (bon d'accord, c'est moi qui l'ai écrit)
Dr Alain Fisch
La ciguatera concerne environ 400 millions de personnes
Le 13 août 2012
A l'exception du scrombrotoxisme qui est une intoxication par formation d'histamine dans la chair de poissons bleus, et du tétrodotoxisme, qui est dû à des bactéries produisant la tétrodotoxine, les biotoxines marines sont des phycotoxines, produites naturellement par les algues unicellulaires du phytoplancton.
Les espèces marines productrices de phycotoxines susceptibles de se retrouver dans des animaux marins consommés par l'homme sont limitées à deux classes de micro-algues :
• Les dinophycées dont le nom courant est dinoflagellés;
• Les diatomophycées dont le nom courant est diatomées.
Les dinoflagellés sont des micro-algues mobiles définies par leurs deux flagelles, les diatomées sont des algues unicellulaires dépourvues de flagelle.
L'intoxication la plus fréquente est la ciguatera, un ichtyosarcotoxisme spécifique des écosystèmes coralliens, dû à une intoxication alimentaire par la chair de poissons de récifs tropicaux et subtropicaux, lié à la production de ciguatoxines par un dinoflagellé. La ciguatera est bien connue des médecins tropicalistes.
Si les autres intoxications sont plus rares, elles doivent être connues des médecins exercent sous les tropiques, qu'il s’agisse de l'ichthyoalléinotoxisme dû à des poissons herbivores hallucinogènes, le clupèotoxisme dû à l'ingestion de sardines tropicales, la palytoxicose due à l'ingestion de crabes contaminés par les palytoxines, le carchatoxisme dû à l'intoxication par des grands requins, et le chélonitoxisme qui est l'intoxication par la chair de tortues marines.
Parmi les dix intoxications venant des produits de la mer, le carchatoxisme est dû à l'ingestion de chair de grands requins. Les signes sont proches de la ciguatera, mais les troubles cardiaques sont plus sévères (bradycardie, troubles du rythme, collapsus) et les risques de dépression respiratoire plus importants. Des intoxications collectives sont régulièrement décrites dans l'océan Indien, en particulier à Madagascar, et dans l'océan Pacifique. La mortalité est de 1 %. Les toxines sont inconnues, donc non détectables.
De sorte cher J. F. que c'est une sottise de plus que de dire que les prélèvements ont des motifs scientifiques !
L'existence de manifestations d'ichtyosarcotoxisme de type ciguatérique est connue depuis longtemps pour sévir dans les mers chaudes.
Au VIIème siècle, en Chine le médecin philosophe CHEN TSANG CHI rapporte un cas d'empoisonnement mortel par une carangue à queue jaune.
À partir du XVe siècle, les progrès de la navigation ont permis aux grands aventuriers de l’époque de partir vers des terres inconnues, où ils ont découvert, à leurs frais, la ciguatera.
Vers 1520 déjà, PEDRO MARTYRE D'ANGHERA, chroniqueur à la cour d'Espagne, rapporte des cas de poissons toxiques aux Antilles (relatés par VASCO DE GAMA, MAGELLAN, C. COLOMB.
En 1601, HARMENSEN décrit le même phénomène à l'Ile Maurice et en 1609, DE QUIROS fait des observations analogues aux Nouvelles Hébrides.
En 1675, le philosophe JOHN LOCKE (Essai sur l’entendement humain) philosophe et médecin (Associé du célèbre SYNDENHAM) anglais donne la première description clinique de la ciguatera une intoxication aux Iles Bahamas.
Il écrit : " Certains poissons là-bas sont empoisonnés entraînant de sévères douleurs dans les articulations de ceux qui les mangent et aussi des démangeaisons. Ces troubles disparaissent en deux ou trois jours. Dans un lot de poissons de même espèce, taille, forme, et goût, seuls certains spécimens renferment le poison, les autres n'entraînent aucun préjudice chez l'homme. Nous n'avons jamais entendu dire que la maladie fût mortelle, mais pour les chats et les chiens qui consomment ces poissons, c'est souvent le dernier repas. Chez des gens qui ont eu une fois cette maladie, une nouvelle ingestion de poisson, même sain, peut raviver le ferment toxique dans l'organisme et faire réapparaître les douleurs."
En 1748 à l'Ile Rodrigue, une importante intoxication des équipages de la flotte de l'amiral E.BOSCAWEN provoque la mort de 1500 hommes probablement déjà affaiblis par les conditions de vie à bord (HALSTEAD 1973).
Puis Cook et Bligh (Celui de la mutinerie du Bounty) en font état dans le Pacifique.
Le capitaine COOK et son naturaliste FORSTER, en 1774, sont victimes de l'intoxication dans l'Océan Pacifique et en décrivent les signes.
C’est James Cook qui en fit la première description précise d'une intoxication à la ciguatoxine, le 7 Septembre 1774 aux Nouvelles Hébrides.
« Cet après-midi, un des naturels, ayant harponné un poisson, mon secrétaire l'acheta et me l'envoya après mon retour. Il était d'une nouvelle espèce, un peu comme un poisson soleil, avec une grosse tête longue et hideuse. Ne nous doutant pas qu'il pouvait nous empoisonner, nous donnâmes l'ordre de l'apprêter pour le souper. Mais par bonheur il fallut si longtemps pour le dessiner et le décrire qu'il n'était plus temps de le faire cuire, de sorte qu'on n'apprêta que le foie et les rognons auxquels monsieur Forster et moi goûtâmes tout juste. Vers trois heures du matin, nous nous trouvâmes atteints d'une extraordinaire faiblesse et d'un engourdissement de tous les membres. J'avais presque perdu le sentiment du toucher et je ne pouvais distinguer, entre ceux que j'avais la force de soulever, les corps lourds des légers. Un quart d'eau et une plume avaient le même poids pour ma main. Nous prîmes tous les deux de l'émétique et après cela nous fîmes une suée qui nous apporta beaucoup de soulagement. Le matin, un des cochons qui avait mangé les entrailles fut trouvé mort. »
Le vocable ciguatera est, quant à lui, attribué au cubain Felipe Poey qui l'emploie en 1866 pour désigner une intoxication neuro-digestive consécutive à l’ingestion d'un petit Trochidae, un gastéropode marin (Livona pica) dont le nom vernaculaire cubain est cigua, proche de ciguë.
La ciguatera concerne environ 400 millions de personnes qui vivent dans les zones d’endémie et on estime à 50 000 le nombre de personnes intoxiquées chaque année. Il s’agit de la plus importante des intoxications par produits de la mer avec l’intoxication histaminique.
Docteur Jean Doremieux
Le corollaire est l'afflux des requins !
Le 13 août 2012
La protection de l'environnement puis le tourisme aquatique à la Réunion comme ailleurs entraînent l'augmentation de la faune mais aussi le nourrissage des poissons que l'on fait admirer dans les bateaux à fond de verre....
Le corollaire est l'afflux des requins qui n'hésitent pas à goûter tout ce qui « traîne » dans l'eau.
Ne pas oublier que la pêche du requin au chien et à la peau de boeuf est une spécialité du coin...
JM. Le Mot
Une sottise de plus...
Le 20 août 2012
Je rejoins certains propos et constate avec tristesse la stupidité de certains d'entre-nous...
Une fois de plus, certains préfèrent guérir que prévenir.
Si certains ne se mettaient pas en danger, aucune attaque n'arriverait. Et si, d'autres ne les attiraient pas, le problème ne se poserait pas non plus.
Tout est prétexte à mettre en évidence l’imbécillité humaine.
Ne l'oublions pas, les requins étaient présents bien avant les surfeurs.
Un lecteur consterné.
D. Vittorietti
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