Pour des raisons diverses (horaires de visite, disponibilité)
beaucoup de parents n’arrivent pas à passer autant de temps qu’ils
le voudraient auprès de leurs enfants hospitalisés dans une unité
de soins intensifs néonataux [USIN]. Internet permet de réaliser
des visites virtuelles, mais jusqu’à présent peu d’USINs se sont
intéressées à cette possibilité.
Un article publié en 2011 dans une revue à faible « impact
factor » rapporte l’expérience d’une USIN de Singapour qui s’est
équipée de trois connexions à Internet à haut débit et de trois
webcaméras pour transmettre, avec l’accord des parents, des vidéos
de ses petits patients à un serveur Internet. Le service était
proposé en maternité aux parents des grands prématurés qui devaient
a priori être hospitalisés plus de trois semaines. Les webcaméras
installées sur les incubateurs étaient activées à heure fixe trois
fois 90 minutes par jour mais elles pouvaient être arrêtées en cas
d’urgence. Les parents pouvaient visionner les vidéos en temps réel
depuis un ordinateur, avec un navigateur Internet, ou depuis un
téléphone portable 3G, après avoir introduit un identifiant et un
mot de passe sur un portail sécurisé.
Sur trois ans, de 2005 à 2007 inclus, 46 grands prématurés
(poids de naissance moyen de
1 039 grammes, âge gestationnel moyen de 28,1 semaines) ont été
filmés pendant leur séjour en USIN (durée de séjour moyenne de 68,3
jours).
Par comparaison avec des enfants de poids, de terme et de
gravité initiale similaires qui n’avaient pas été filmés, la durée
de séjour des grands prématurés filmés a été un peu plus courte,
mais pas de façon significative (68,3 versus 74,3 jours ; p >
0,05), et les visites réelles n’ont pas été moins fréquentes, mais
l’étude manque de puissance du fait du petit nombre de
webcaméras.
Dans le questionnaire qu’ils ont eu à remplir les parents ont
exprimé leur confiance dans la sûreté du dispositif et la sécurité
de l’accès aux vidéos (95 %). Ils ont trouvé le service utile pour
eux et leur famille (100 %) et se sont déclarés prêts à le
recommander à des utilisateurs potentiels (100 %).
Le service a un coût estimé à 7 500 dollars de Singapour
(environ 5 000 euros) par an pour trois postes, mais ce coût n’a
pas été répercuté sur les parents durant l’expérience.
Au total, cet article montre que des visites virtuelles sont
tout à fait faisables par Internet dans l’environnement d’une USIN
et qu’elles donnent satisfaction aux parents ; il ne dit pas si
l’expérience a été continuée après 2007 en faisant payer les
parents.
On ne peut que s’étonner que les visites virtuelles n’aient pas
séduit plus d’USIN que ça. A quand une étude sur une plus grande
échelle pour savoir si des visites virtuelles peuvent contribuer au
maintien et au renforcement du lien parents-enfant lorsque
l’hospitalisation néonatale est longue ?
Dr Jean-Marc Retbi
Yeo CL et coll. :Virtual visitation in the neonatal intensive care: experience with the use of Internet and telemedicine in a tertiary neonatal unit. Permanente J 2011 ; 15 : 32-36
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